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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:03

 

« Le savon dans le cou, c’est un fichu truc. Ça laisse une impression dégoûtante, et la chose bizarre, c’est qu’on a beau s’éponger, on se sent poisseux tout le reste de la journée. Je descendis de mauvaise humeur, résolu à me montrer désagréable. » 

George ORWELL (1939) Un peu d’air frais. Paris : éd. Ivréa 10/18 n°3148 (1983), 13.

 

 

Impossible de le dire et pourtant, en entrant dans ce restaurant, quelque chose de diffus, d’un peu sale, d’un peu vieilli, avec des tentures qui sentent la cuisine mais pas trop, une moquette bourrée de motifs en forme de tâches –elle avait été achetée pour cela -, des voilages aux fenêtres sur la rue, bref quelque chose d’assez ténu mais qui occupait tout l’espace, me saisit.

Je ne me sentis pas bien, d’emblée. Je n’ai jamais su dire quelle est la réalité de ces impressions dont la limite est indiscernable : était-ce effectivement dans l’air ou bien en moi-même seulement ?

Nous allâmes nous asseoir, lui sur la banquette, moi sur la chaise en vis à vis car j’ai toujours préféré l’assise sûre à l’enfoncement d’un tissu qui a cédé sous les postérieurs majoritairement féminins qui l’ont fatigué. Derrière mon hôte, au dessus d’un rebord garni de velours sans doute nauséabond, s’élevait un immense miroir sans bords, si grand que toute la salle s’y reflétait. Ce qui me permit de me rassurer de n’être pas coincé face à un mur trop proche, comme c’est souvent le sort de celui qui dîne en face de la banquette.

Il prit ses aises, ne confiant pas son manteau à la serveuse, pour étaler celui-là à côté de lui, sans même penser que des odeurs suspectes pourraient peut-être s’y imprégner par ce contact, au long du repas. Il prit une carte, sans se demander si j’avais vu la seconde, posée non loin, et commença sa lecture à voix haute : « Je te conseille, si tu aimes ça… Mais moi j’adore…, alors… » et je n’écoutais pas vraiment son baragouin car je savais qu’il commanderait si vite, le garçon une fois arrivé à notre table, que j’avais intérêt à me plonger dans ces listes trop fournies, dont vous savez d’avance qu’il est impossible qu’une cuisine puisse réussir autant de plats tous les jours sans avoir ses petites combines. Cela ne ratât pas : « Aujourd’hui, j’ai du turbot délicieux, cuisiné avec une petite… », nous lança le maître d’hôtel, ce qui signifiait simplement que le chef voulait en vitesse écouler le poisson en limite d’âge, avant de devoir le jeter. C’est toujours ainsi qu’il ne faut jamais prendre ce qu’on vous conseille, surtout du poisson avec des « petites sauces ».

Lui était toujours plongé dans sa lecture et je m’étais donc trompé en pensant qu’il me laisserait à peine le temps de faire mon choix. « Et bien…, aujourd’hui…, je vais prendre…, oui…, non…, non, comme d’habitude…, la bavette avec ses délicieuses frites…, double portion, bien cuites, euh…, croustillantes quoi ! Hein ! S’il vous plait ! » Mal élevé il était, très mal élevé, mais que signifie bonne éducation pour un franco-américain dont personne ne sait plus quand il se sent français et quand il n’est qu’américain contre tout ? Ah ! Si ! Il est français à chaque fois que, passant l’immigration à Roissy avec son passeport de citoyen des Etats-Unis d’Amérique, il sort de l’aéroport en vérifiant qu’il a bien sa carte de Sécurité Sociale de la République française. Ce qui ne l’empêchait nullement de me dire, trop souvent, qu’il était honteux que les français ne comprennent toujours pas qu’ils ne peuvent pas « accueillir tout le monde et soigner des maladies qui coûtent très cher, surtout des malades pas du tout français, hein !... Qui viennent du monde entier en France ! » Décidément, pour un authentique citoyen de l’Ouest, les français étaient « ingouvernables !... »

Je pensais à cela en le regardant terminer de lire la carte, les yeux déjà pointés en bas à droite dans la colonne des desserts, alors que nous n’avions encore rien devant nous.

Quand soudain, tout s’accéléra : la serveuse arriva avec deux verres de Kir et une assiette de saucisson coupé et sans doute pelé, ce dont je ne puis malheureusement pas m’assurer, comme on va le voir. Je vis deux corps, un de face, l’autre dans le miroir, se lever ensemble massivement, deux bras à l’horizontale pointer en direction opposée mais curieusement, de mon côté vers la serveuse, et en face, vers la même serveuse dont je vis la peau rougir cramoisie. Un flot d’injures s’abattit sur la pauvrette : « Non mais quoi ?! Qu’est-ce que c’est que ça ? Qui vous a demandé ça ?! Qu’est-ce que vous m’avez apporté là ? Remportez-moi ça tout de suite ! On ne vous a rien demandé, à vous, ni à personne ici ! Allez, ouste, dépêchez-vous, reprenez-moi cette cochonnerie ! », et ça, c’était un superbe jeu de mots.

« Non mais quand même ! Quel culot ! Me servir du saucisson, du…, je n’ai rien demandé, quoi !... La France, la France, ah ! C’est ça ! Aucune considération pour vous ! Aucun respect ! Aucun respect ! 

- Que t’arrive-t-il ? » lui dis-je en me glissant entre deux de ses éructations, sans rien ajouter, car l’idée que j’aurais pu vouloir du saucisson n’existait pas pour lui.

«  Il m’arrive qu’on ne me respecte pas. Voilà. C’est énorme, et c’est insupportable, ce pays ! On ne vous respecte pas.»

Je ne comprenais rien, absolument rien, de sa subite attitude, et de quoi il parlait. Des hypothèses couraient dans ma tête, mais rien qui se fixait. Et comme l’assiette était repartie très vite avec la serveuse, je ne pouvais pas même vérifier si son contenu permettait de comprendre un traitre mot de sa colère démesurée. Du saucisson, bien coupé et bien présenté, de toutes façons cela ne m’enchantait pas, car je pensais un tel apéritif bien inutile avant de manger le repas commandé, et si néfaste pour moi en tant qu’incontestable surplus de calories.

Il faisait la gueule, et cela s’était installé sans transition avec ma première impression à l’entrée de la salle. Il ne me parlait plus, il regardait tantôt au loin derrière moi, comme pour surveiller si l’assiette ne revenait pas, tantôt il visait son assiette et sa serviette qu’il n’avait pas dépliée, comme pour dire je reste ou je pars ? Je n’existais plus. Je n’avais pas beaucoup existé depuis l’heure de notre rendez-vous dans son appartement parisien, tout proche de ce restaurant de quartier. Immeuble sans âge ni époque, sans couleurs, sans habitants, sans histoire, sans rien, moche aussi, gris, verdâtre, beige et sale. Un mauvais ascenseur marron, un globe blanchâtre pour éclairer le palier du 5e, je crois, une méchante moquette sans doute grise, et odorante – il avait dû avoir un chien, ou non, plutôt un ou plusieurs chats, à l’époque où il était un peu moins égoïste. J’avais pensé qu’il souhaitait m’y offrir un apéritif, mais rien. Avant de redescendre, lui par l’ascenseur, moi volontairement par l’escalier, il me dit que sa fille ne venait plus à Paris, qu’elle était sans doute définitivement en Suède avec son mari, que cela lui était égal car elle était devenue très méchante, qu’elle l’avait rendu responsable de la mort de sa mère, que cela n’avait plus d’importance pour lui, qu’il supportait maintenant très bien tout cela, mais que ça avait été très dur ; il me débitait le tout d’un trait, comme si je le savais déjà, comme si ce n’était rien, alors que c’était si fort, alors que c’était tout. Alors que c’était bien toute sa solitude qu’il me criait sans bruit, seulement distillée au long des phrases tranquillement enchaînées les unes aux autres, comme une fatalité insurmontable.

Je revins à moi en me voyant dans le miroir, derrière lui. Ça bougeait du côté de la cuisine. C’était sa bavette, aux échalotes bien sûr, tout ce que je déteste, ces sauces achetées chez Metro. Et les frites, à part dans une sorte de grand bol.

« Tu comprends, c’est pour ça que je ne viens plus très souvent… C’est pour ça que je finirai par ne plus venir, maintenant que je n’ai plus vraiment besoin de passer par la France pour mes affaires en Afrique… Ce pays est impossible. Jamais à New York on n’osera me proposer quelque chose que je ne peux pas manger, que je n’ai pas le droit de manger, on respectera mes…, on me respectera toujours, sans problème. Ici, ce n’est pas possible, ils ne pensent à rien, ils n’ont aucun respect pour rien !...

- Mais tu oublies que la République française est laïque » me permettais-je de lui dire en ayant soudain pris conscience dans un éclair de ce qu’il avait en tête.

« Alors, permets-moi de te dire que ça, ça ne vaut rien, hein ! Ca ne vaut plus rien, vos idées révolutionnaires qui n’en sont pas, hein ! Le respect de chacun, voilà ce qu’il faut respecter, voilà la morale, voilà la vie en société. Et pas cette imposition à tout le monde de n’importe quoi, hein ! »

Je ne répondais rien.

« Oui, je sais que tu n’es pas d’accord. D’ailleurs tu n’as jamais été d’accord. Tu n’aurais jamais pu rester vivre aux Etats-Unis. Vous les français…, vous êtes tous…, vous êtes tous communistes en fait, et c’est terrible !... Enfin…, cette fille exagère non ? Tu ne trouves pas qu’elle exagère beaucoup ?!...

 

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Photo G.Delacour, retouchée par Ph.Bougouin

 

- Je ne peux te dire qu’une chose, » lui disais-je pour lui signifier que tout cela commençait à me peser vraiment trop, « c’est que je ne comprends pas un mot de ce que tu penses. »

Alors, lentement, et dans un mouvement superbe, sans doute le dernier d’une ancienne amitié qui, en réalité, était déjà morte depuis un certain temps, ce dont je venais de prendre pleinement connaissance avec cet épisode ultime, il me déclara :

« Voilà. Je dois te dire que toutes ces idées grandioses de…, laïcité…, de respect de…, de liberté, égalité et tout ça, je te parle pas de la fraternité, alors ça !... C’est n’importe quoi, vraiment, encore plus ! Tout ça, je me suis rendu compte que ça ne tient pas. La démocratie, c’est laisser chacun vivre selon ses idées, dans sa communauté d’appartenance. Et moi, avec tous les événements, la mort de ma femme, la haine de ma fille, la fin de mon travail chez les noirots, le départ de mon amie pour le Canada, j’ai compris, je sais, j’en suis certain, je te le dis, surtout…, réfléchis bien à ça aussi pour toi…, avec tout ça, j’ai décidé de vivre complètement selon mes principes, mon appartenance…, selon ma loi…

- De quelle loi parles-tu ?

- Désormais j’intègre…, toutes les minutes de ma vie…, je vis chaque instant en respectant ma religion…, c’est ça mon guide unique, c’est mon bonheur. »

Je savais que nous ne nous reverrions plus puisqu’il avait tout dit, il avait bien marqué chaque mot, bien détaché chaque syllabe, comme un discours au bord du trou.

Je terminai mon repas, sans goût. Je ne l’ai jamais revu depuis des années, mais je pense à lui si souvent, souvent. En présence de tous les saucissons.

 

 

G. Delacour© parc Guerrier de Dumast, 27 octobre 2010
Pour Philippe Bougouin

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Published by Gérard Delacour - dans Publicat GDelacour(c)
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