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    Je publie ici, avec son autorisation, l'article paru dans SINTEZA, revue culturelle et d'actualités en Roumanie : questions-réponses entre la rédactrice en chef et Michel Bourse, Sciences de l'Information et de la Communication, Université Galatasaray,...
14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 15:24

Je publie ici, avec son autorisation, l'article paru dans SINTEZA, revue culturelle et d'actualités en Roumanie : questions-réponses entre la rédactrice en chef et Michel Bourse, Sciences de l'Information et de la Communication, Université Galatasaray, Istanbul, Turquie, rédacteur en chef de la revue SIGNES, DISCOURS ET SOCIETE.

 

 

J'y relève les phrases suivantes, fondatrices et fondamentales à mon avis (le texte complet est reproduit en dessous):

 

  • Les expressions de la différence, loin donc de menacer les sociétés, en sont au contraire les produits sans cesse réinventés, notamment par le jeu des métissages culturels et des diasporas.
     
  • Je ne suis pas d'accord avec l'idée d'une "guerre des civilisations", idée que je combats dans mes séminaires à l'université et dans mes livres. Il faut le répéter : il n'y a pas globalement d'échec à l'intégration contrairement à ce que voudraient nous faire croire les nouveaux idéologues à la mode : il y a de nombreuses réussites académiques, sociales, économiques parmi la population venant de l'immigration. Il suffit par exemple de regarder la composition du gouvernement français !

  •   ...ces terroristes qui ont attaqué Charlie étaient français de naissance, élevés en France, passés par le moule de l'école française et de ses valeurs! Il ya donc là un échec qui est collectif et sur lequel la société française doit réfléchir.

  •  La France a malheureusement répondu —surtout sous l'ère Sarkozy— presque uniquement en termes policiers et répressifs aux difficultés sociales, surtout dans les quartiers dits "difficiles". Le tissu social des quartiers dit "difficiles" a été abandonné par les travailleurs sociaux, les aides et les actions sociales, les actions de formation et civiques dispensées au plus près des populations. 

  •  Mais qu'est ce qu'une culture ? Une façon particulière d’occuper un espace public et de proposer symboliquement des représentations, des idées, des faits vécus, des mythes, des images, etc. Cette dimension culturelle ou dimension symbolique possède à la fois un contenu personnel (notre histoire de vie, nos expériences, nos savoirs) et un contenu collectif (les normes, les croyances, les valeurs, les mythes partagés par un groupe de personnes vivant en collectivité dans un même temps historique).

  •  Mon travail intellectuel a pour but essentiel de lutter contre cette idéologie identitaire en essayant d’interroger l’idée qu’il ne peut exister « d’identité » naturelle qui s’imposerait par la force des choses. Chaque « identité » est une construction culturelle, politique et idéologique fondée sur l’échange : du moins c’est ce que je voudrais proposer à la réflexion. Ce qui implique au moins deux idées importantes: il n’y a pas de culture en soi ; une culture est toujours une représentation qu’un groupe humain se donne pour exister même si un ensemble disséminé de traits est plus particulièrement mobilisé dans certaines circonstances politiques en fonction de certaines situations.

  •  Le mot « métis », comme on le sait, désigne ordinairement des enfants nés d’une division ethnique clairement tranchée. Mais le métissage peut être aussi défini comme un état de culture, un univers mental lié à certains milieux sociaux ou familiaux et le plus souvent à des choix faits dans ces milieux et familles, à l’expérience de l’échange culturel et du voyage. Le métissage en effet porte au « patchwork » des identités : toute culture est ainsi faite de brouillages, de métissages, d’échanges qui se saisissent de certaines composantes de la culture dominante en en transformant souvent leur sens symbolique.

  •  Les peuples divers qui composent le monde ne font pas que se combattre, ils se rencontrent, ils se mélangent, ils échangent, ils se traduisent. Le métissage encourage ainsi une vision multi phonique du monde et rend ainsi sensible les multiples fibres dont une culture se tisse et ce faisant nous presse de penser par delà les frontières en nous rappelant le métis qui est en nous mêmes.

  •  On comprend aussi que l’altérité n’est pas un phénomène objectif qu’on pourrait décrire mais se présente comme un « certain rapport », essentiellement dynamique, entre deux entités qui se donnent mutuellement un sens. Ce qui communique ce ne sont ni des cultures ni des identités mais des personnes qui véhiculent ou médiatisent des rapports entre cultures et/ou identités. C’est pourquoi par communication interculturelle, il faut bien entendre d’abord les relations qui s’établissent entre personnes et groupes appartenant a des cultures différentes.
     
  • L’interculturel présuppose bien une interaction dans et à travers laquelle deux entités se constituent autant qu’elles communiquent.

 

 

Texte complet de l'interview:

sinteza.png

Monsieur Bourse, récemment, le monde entier a été secoué par le massacre par trois extrémistes islamistes de la rédaction de Charlie Hebdo. Les réactions ont été très différentes. En tenant compte de votre expertise en communication et inter culturalité, mais aussi de votre expérience dans les deux communautés – chrétienne et islamiste - comment pouvez vous expliquer/interpréter cet  événement choquant? Quels sont vos sentiments à l’égard de l’événement de Paris?


Mes sentiments? Douleur, tristesse et colère. Les journalistes de Charlie Hebdo sont nos compagnons depuis 1968. Ils participent de ce compagnonnage intellectuel, militant que les gens de ma génération ont construit tout au long de ces années. Mai 68 fut un immense éclat de rire, ces dessinateurs essayaient de maintenir cet éclat de rire vivant. Je ne le lisais plus qu'occasionnellement après avoir été un lecteur régulier : mais à chaque fois leurs dessins – pas tous naturellement ! - me faisaient éclater de rire, surtout leurs Unes. J'ajoute que ces journalistes humoristiques/critiques s'inscrivent dans une tradition humoristique critique française qui commence avec Rabelais, passe par Voltaire et s'épanouit tout au long de l'histoire intellectuelle et politique avec en particulier les caricaturistes du 19ème siècle comme Daumier par exemple. Cette dimension culturelle n'est pas vraiment partagée par la culture musulmane qui, elle, est très  (trop?) respectueuse des dogmes religieux! Ceci explique beaucoup de choses : la distance critique qu'implique le maniement de l'humour est aussi une affaire d'éducation et de culture.


 

- On a passé deux mille ans de civilisation et de progrès et d’un coup tout cela peut s’évanouir. Le monde se trouve, après le massacre de Charlie Hebdo, dans la situation même de parler d’un nouveau “choc des civilisations”, opposant les différences entre la civilisation chrétienne et celle islamique. D’où pourrait-on commencer à chercher des explications pour  cet état des choses?

- Est ce que on pourrait parler de l’échec de la civilisation même?

- On a longtemps discuté sur le concept du multiculturalisme et ses implications pratiques. On assiste récemment à un changement du discours sur ce sujet: on discute des idées sur l’échec du multiculturalisme comme politique de protéger l’identité, les valeurs et les pratiques des communautés avec différentes cultures. Comment voyez-vous possible la coexistence pacifique entre différentes ethnies et croyances?

 

Le fil directeur de ma réponse peut se résumer en une interrogation de philosophie politique : comment concilier la pluralité des identités culturelles et les principes de la démocratie ? Si des migrations et des brassages de peuples ont toujours eu lieu, les métissages modernes posent toutefois des questions neuves. En particulier, celle de l'accord entre démocratie et multiculturalisme. De cette réalité nouvelle se dégagent deux idées fortes. En premier lieu, l'histoire nous enseigne que l'humanité tout entière est faite de mouvements de peuples, de groupes qui se déplacent, et que les individus n'ont cessé de se métisser ou de se heurter, depuis les périodes les plus reculées que la recherche permet d'entrevoir. Transports et communications accélèrent le processus, mais ne l'ont pas créé. Ces mouvements participent de manière éminemment positive de l'existence même de l'humain. Certes, aujourd'hui, les contraintes économiques ou militaires déterminent les migrations modernes, les transformant généralement en exil ou en catastrophe.

Il est bon de rappeler cependant, que ces processus ont aussi des aspects intrinsèquement humains. Nous ne cessons de migrer et d'errer, et il ne s'agit pas là nécessairement de faits négatifs. Les expressions de la différence, loin donc de menacer les sociétés, en sont au contraire les produits sans cesse réinventés, notamment par le jeu des métissages culturels et des diasporas. Il convient donc d'en méditer et d'en privilégier les aspects créatifs, et en particulier celui qui nous oblige à penser de manière nouvelle les problèmes soulevés par les nouvelles formes du "vivre ensemble" contemporain et donc le "métissage" des civilisations que sont déjà en train de créer les poussées migratoires volontaires ou forcées sur toute la planète. Il semble bien, en effet, que les cultures apprennent de plus en plus à cohabiter, voire à se découvrir mutuellement. J'ajouterais que la situation n'est pas si catastrophique que cela : il suffit de voir comment dans l'Union européenne coexistent sans trop de problèmes, des langues et des cultures différentes. Sans oublier comment la majeure partie des personnes issues de l'immigration ont su s'intégrer normalement dans leurs pays d'accueil!

 


- Dans ce contexte, quelles sont les chances de coexistence pacifique dans une Europe composé des pays comme des mosaïques de cultures?  Et quelle autre “recette”/ stratégie peut être appliquée si le multiculturalisme a raté ses objectifs?  


Je ne suis pas d'accord avec ces remarques négatives et pessimistes et surtout je ne suis pas d'accord avec l'idée d'une "guerre des civilisations", idée que je combats dans mes séminaires à l'université et dans mes livres. Il faut le répéter : il n'y a pas globalement d'échec à l'intégration contrairement à ce que voudraient nous faire croire les nouveaux idéologues à la mode : il y a de nombreuses réussites académiques, sociales, économiques parmi la population venant de l'immigration. Il suffit par exemple de regarder la composition du gouvernement français !


Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problèmes. Ceux-ci sont de différents types que je vais résumer ici:

  1. La France n'en a pas encore terminé avec "son" colonialisme passé! Cette histoire la hante et participe d'une manière plus ou moins explicite des discours – manifestement racistes - qu'on entend aujourd'hui sur les "immigrés" et les "islamiques". Il ne faut pourtant pas oublier que ces terroristes qui ont attaqué Charlie étaient français de naissance, élevés en France, passés par le moule de l'école française et de ses valeurs! Il ya donc là un échec qui est collectif et sur lequel la société française doit réfléchir.
  2. La France n'en a pas terminé avec les différences sociales : il ne fait pas bon aujourd'hui (1) être jeune, (2) être issu de l'immigration, (3) être pauvre. Si vous êtes jeune, immigré et pauvre vous avez toutes les chances d'être discriminé à l'école d'abord (il y aurait lieu ici d'analyser comment aujourd'hui l'école reproduit les distinctions sociales),  puis à l'emploi (le plus fort taux de chômage concerne cette catégorie des personnes!), et enfin dans votre être même (cette catégorie de personnes est la plus exposée au contrôle systématique d'identité  par les forces de police!).
  3. La France a malheureusement répondu – surtout sous l'ère Sarkozy- presque uniquement en termes policiers et répressifs aux difficultés sociales surtout dans les quartiers dits "difficiles". Le tissu social des quartiers dit "difficiles" a été abandonné par les travailleurs sociaux, les aides et les actions sociales, les actions de formation et civiques dispensées au plus près des populations. Ce qui permet de comprendre pourquoi les terroristes qui ont assassiné l'équipe de Charlie étaient non seulement jeunes délinquants avant leur conversion à l'Islam radical mais aussi quasiment tous en échec scolaire et au chômage, sauf à avoir quelques petits boulots de temps en temps. Ils constituaient donc une proie facile pour tous les prédicateurs radicaux.

 Tout cela ne justifie en aucune manière se qui est arrivé pendant ces trois journées horribles, mais permet d'en comprendre en partie les raisons.

Mais il n'y a pas de raison de s'adonner exclusivement au pessimisme! En s'appuyant sur notre expérience acquise pendant plusieurs années de rencontres interculturelles je peux dégager un certain nombre d'étapes obligées qui apparaissent fondamentales pour la mise en œuvred'une pratique sociale réellement interculturelle.

D'abord, un fait important doit être noté: à coté de la logique sociale, il existe une (des) logique(s) particulière(s), incarnée(s) par des associations, des mouvements, voire des pratiques individuelles, qui ont fait explicitement le choix de la reconnaissance des minorités culturelles dans leurs particularités culturelles et leurs respect. Cette réflexion aboutit à mettre en évidence plusieurs niveaux d'intégration: social, politique, culturel, etc. En particulier, la production d'un "rêve" commun, constitue, peut-être de manière mythique et peu réaliste, un puissant facteur d'assimilation par la mise en place d'un processus d'identification à un même modèle.

Ce mécanisme d'identification implicite joue à la fois dans un sens positif et un sens négatif: positif parce qu'il est un réfèrent qui peut aider à fédérer des forces intégrationnistes et entraîner ainsi la reconnaissance de l'Autre dans un système de normes acceptées et acceptables pour la majorité; négatif, car il est basé sur le mécanisme même de la négation des différences et l'abandon des particularités culturelles de la minorité. Le processus de socialisation, dont l'acte de formation est un élément essentiel, doit donc s'accommoder de cette double dynamique contradictoire et faire des choix méthodologiques dont l'histoire montre que les résultats sont souvent incertains. En effet, la stabilité de l'intégration, voire de l'assimilation n'est souvent qu'une apparence. L'histoire abonde d'exemples montrant des minorités culturelles qui, se croyant acceptées, intégrées voire assimilées, sont brusquement mise au banc de la société et persécutées.

La confrontation avec la « rétraction » identitaire actuelle et la tyrannie des identités (cf. les ouvrages d'Eric Zemour ou de P. Finkelkraut, et les stratégies du  Front National) me conduit à penser que le « spectre » qui hante le monde n’est pas nécessairement celui de l’uniformisation culturelle mais bien plutôt celui d’une "balkanisation" des identités et que la "re-tribalisation" des sociétés gagne sur de multiples fronts! Les fondamentalismes religieux ne sont d’ailleurs pas les seuls à proliférer, les délires ethniques les accompagnent  souvent et même à l’intérieur de nos sociétés occidentales pourtant pacifiées, les revendications prennent de plus en plus la forme de revendications identitaires et communautaires. Mon travail intellectuel a pour but essentiel de lutter contre cette idéologie identitaire en essayant d’interroger l’idée qu’il ne peut exister « d’identité » naturelle qui s’imposerait par la force des choses. Chaque « identité » est une construction culturelle, politique et idéologique fondée sur l’échange : du moins c’est ce que je voudrais proposer à la réflexion. Ce qui implique au moins deux idées importantes: il n’y a pas de culture en soi ; une culture est toujours une représentation qu’un groupe humain se donne pour exister même si un ensemble disséminé de traits est plus particulièrement mobilisé dans certaines circonstances politiques en fonction de certaines situations.

La seconde idée? Une nouvelle problématisation des rapports entre les cultures est possible. Le mot « métis », comme on le sait, désigne ordinairement des enfants nés d’une division ethnique clairement tranchée. Mais le métissage peut être aussi défini comme un état de culture, un univers mental lié à certains milieux sociaux ou familiaux et le plus souvent à des choix faits dans ces milieux et familles, à l’expérience de l’échange culturel et du voyage. Le métissage en effet porte au « patchwork » des identités : toute culture est ainsi faite de brouillages, de métissages, d’échanges qui se saisissent de certaines composantes de la culture dominante en en transformant souvent leur sens symbolique. Les peuples divers qui composent le monde ne font donc pas que se combattre, ils se rencontrent, ils se mélangent, ils échangent, ils se traduisent. Le métissage encourage ainsi une vision multi phonique du monde et rend ainsi sensible les multiples fibres dont une culture se tisse et ce faisant nous presse de penser par delà les frontières en nous rappelant le métis qui est en nous mêmes.

  


- Quelqu'un a dit que si la haine pourrait être convertie en énergie, l'humanité n'aurait pas besoin de pétrole ou d'autres ressources pour fonctionner. Comment pourrait-on lutter contre ses forces destructrices? Comment apprivoiser la haine des gens? Comment pourrait-on adapter les moyens de communication entre les différentes cultures/civilisations pour avoir plus de consensus et moins de conflits (n’importe quelle soit la forme de ces conflits)?


Le problème est que ce sont les valeurs culturelles qui sont à la base de notre perception d'autrui. Ces valeurs culturelles sont transmises à travers le phénomène de socialisation auquel chacun de nous est soumis et qui nous conduit à ignorer que "ce qui va de soi" est, en fait, une construction arbitraire du monde, un ensemble cohérent mais non universel. Le regard que nous portons sur l’autre se fonde ainsi presque exclusivement sur les seules références culturelles. La "norme" est celle des valeurs culturelles auxquelles nous nous sommes identifiées. La conséquence directe est qu’il est impossible de voir d’une façon objective la réalité de l’autre et réciproquement.


Mais qu'est ce qu'une culture ? Une façon particulière d’occuper un espace public et de proposer symboliquement des représentations, des idées, des faits vécus, des mythes, des images, etc. Cette dimension culturelle ou dimension symbolique possède à la fois un contenu personnel (notre histoire de vie, nos expériences, nos savoirs) et un contenu collectif (les normes, les croyances, les valeurs, les mythes partagés par un groupe de personnes vivant en collectivité dans un même temps historique). Plus ces contenus comportent des références communes aux interlocuteurs en présence, plus il y a de probabilité que la communication soit facilitée et serve à accroître leur niveau d’intersubjectivité. Il y a ainsi dans tout rapport avec autrui, d’abord les mots et ce qu’ils expriment et disent. mais aussi les symboles divers (vêtements, parures, gestes) qui constituent autant de porteurs de signification dont le but principal est d’assurer entre tous les acteurs de la communication, une communication régulatrice en vue d’atteindre avec autrui une sorte de communauté d’idées et de sentiments. On peut comprendre alors que dialoguer constitue au sens propre une découverte de nous même à travers la découverte d’autrui : il s’agit bien d’une aventure.

 

On comprend aussi que l’altérité n’est pas un phénomène objectif qu’on pourrait décrire mais se présente comme un « certain rapport », essentiellement dynamique, entre deux entités qui se donnent mutuellement un sens. Ce qui communique ce ne sont ni des cultures ni des identités mais des personnes qui véhiculent ou médiatisent des rapports entre cultures et/ou identités. C’est pourquoi par communication interculturelle, il faut bien entendre d’abord les relations qui s’établissent entre personnes et groupes appartenant a des cultures différentes. C’est ce fait relationnel qui fonde véritablement l’interculturel même s’il entraîne avec lui tout un arrière plan de représentations, de valeurs, de codes, de styles de vie ou encore de modes de penser propre à chaque culture. L’interculturel présuppose bien une interaction dans et à travers laquelle deux entités se constituent autant qu’elles communiquent.

 


- Je vous prie d’avoir l’amabilité d’expliquer aux lecteurs de SINTEZA les particularités de la publication CHARLIE HEBDO et aussi la culture de la presse de satire et de la caricature en France. Comme fin connaisseur de l’Occident, mais aussi de l’islam, quelle est votre opinion sur le discours de Charlie Hebdo en termes de liberté de l’expression? (Quelques publications des Etats Unis, par exemple – New York Times, AP etc. – ont refuse a publier les caricatures de Charlie Hebdo expliquant que les règles internes leur interdisent de publier des images qui violent les sensibilités religieuses des lecteurs. Wall Street Journal a publié quelques dessins animés, mais aucun qui représente le prophète)

 

J'ai déjà répondu en partie à cette question plus haut. La France a été marquée dans son histoire intellectuelle par la dimension critique. Cette spécificité française à laquelle on est confronté dès la petite enfance n'est pas reconnue ni partagée par d'autres cultures. Nous devrions certes y faire plus attention pour éviter de blesser nos interlocuteurs.

Ne pas oublier cependant que c'est la Révolution française de 1789 qui a supprimé le délit de blasphème dans la loi! Pour autant,  je pense qu'on peut se moquer de tout : cela évite en premier lieu de se prendre trop au sérieux, ce qui est une bonne chose! Il faut aussi répéter qu'être athée n'est pas une anomalie et que la laïcité signifie bien le respect des croyances de chacun. Ce respect essentiel n'est pas reconnu dans les pays à dominante religieuse et c'est dommage! On voudrait nous faire croire que le religieux est "naturel" et par conséquent qu'il doit être hors discours critique! Je ne partage pas ce point de vue, bien au contraire.

Ne pas oublier non plus que Charlie ne faisait pas que s'attaquer à l'islam : nombre des ses dessins se sont aussi attaqués au christianisme ou au judaïsme. Cependant leur propos n'était pas de stigmatiser telle ou telle religion mais de dénoncer "les cons" qui,  au nom d'un idéal de religion falsifié, en venaient à s'autoriser des actions injustifiables.

 

 

 

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MERCI à Michel BOURSE de m'avoir communiqué cet article.

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