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Extrait de « La caque sent-elle toujours le hareng ? »
Le fils imagine comment son père lui raconterait certains épisodes de sa vie quotidienne au cours des cinq années de captivité en Allemagne…
Cet épisode est antérieur aux épisodes « CHAMBREE » et « OTAGES ». Il est situé en 1942.
Il avait obtenu du médecin chef la possibilité d'aller à sa place chercher le peu de moyens qui leur étaient consentis à l'hôpital de la ville dont les faubourgs s'étendaient non loin des barbelés du camp. Accompagné de deux sentinelles, le chocolat et les cigarettes, reçues bien planquées dans les colis venus
Les filles étaient des allemandes assez jeunes mais mal nourries, un peu trop maigre, et tout juste en bonne santé pour tenir le coup. Il est vrai que les clients n'étaient pas trop nombreux, pas comme avant
Le docteur français –et nulle ne savait ce qu'il faisait là, car personne ne devait savoir qu'en fait il était prisonnier au camp là-bas- et les deux sentinelles étaient des clients bien gentils, rapides, peu regardants aux fioritures. Ce docteur devait être quelqu'un d'important puisque c'était toujours un des deux soldats qui payait pour lui. Ce qu'on ne savait pas, c'était le prix d'échange du chocolat et des cigarettes que, sinon, les filles auraient sans doute préféré aux marks de guerre qui valaient de moins en moins chaque semaine.
Ce jour-là, le soleil avait chauffé la façade de la maison tout l'après-midi, et le mur renvoyait une chaleur sympathique, face à l'air venu du côté d'un soleil déclinant, un peu plus frais. C'est comme si cette chaleur restituait un peu de douceur à la future nuit dans laquelle les trois jeunes hommes allaient s'évanouir, pour ne reparaître que dans deux mois ou plus. Pas de questions, pas de bruit, pas de dialogue, que des regards et des caresses, que des gestes silencieux et des frous frous de lingerie, puis des claquements de lacets ou d'élastiques un peu ramollis, des coulissements de boutons dans des orifices de toile tendue et épaisse, pas de baisers, que des regards, puis le bruit des pas du médecin français encadré par ses deux soldats, en ombre sur le fond de la rue.
Sinon, il y avait bien, au camp, les petits homosexuels qui ne manquaient pas de faire leurs propositions régulièrement, aussi bien aux prisonniers qu'à quelques soldats allemands qui leur plaisaient. Ils faisaient leurs affaires on ne sait trop comment, furtivement dans les chambrées désertées à certaines heures, en contradiction avec le règlement du camp, ou bien dans d'autres lieux tenus secrets, qui pouvaient bien être des locaux officiels, mais dont personne ne parlait. Le commandant du camp semblait apprécier tout particulièrement
Il racontait ainsi souvent n'importe quoi avec l'air le plus docte qu'il pouvait se donner. Sa superbe citation avait été, dès le lendemain, peinte artistiquement sur les murs de ces lieux de débauche fréquentés assidument par les étudiants et les étudiantes qui effectuaient leur internat. La fiancée du jeune médecin français n'avait pas fait l'internat, mais elle n'était pas en reste pour les chansons paillardes qui, sorties de leur contexte, auraient été franchement vulgaires et fort déplacées, alors que dans sa bouche enfantine, elles prenaient des allures d'épopées célestes qui auraient fait bander les macchabées des salles de dissection.
C'est à tout cela que pensait le médecin français quand il se masturbait, et cela marchait plus ou moins bien, selon son humeur générale. Il n'aimait pas aller voir les filles du bordel, cela était contraire à ses convictions intimes et à son respect des femmes. Il ne savait plus très bien comment les choses s'étaient faites, ah! si, c'était une des sentinelles qui en avait parlé à l'autre, la première fois, puis, en riant, lui avait proposé
Quant aux deux soldats, l'un fut fusillé lorsque son trafic de chocolat et de cigarettes fut découvert par un commandant
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