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Extrait des entretiens avec le Docteur HOFMANN-DELACOUR
L’extrait ci-dessous est tiré de l’essai encore en écriture : « La caque sent-elle toujours le hareng ? ». Il s’agit de la transcription exacte d’un enregistrement sonore de 1996.
Docteur H-D : « Et puis alors on était à peine libérés qu’on a vu arriver
J’étais désigné par
Arrivés au camp de SANDBOSTEL, je me présente. Il y avait deux camps: un camp de prisonniers français où je vais en arrivant. Un colonel qui était l’homme de confiance, me dit: « Ce n’est pas la peine que vous veniez ici, parce que les Anglais ne veulent rien savoir, il y a un camp de déportés juste à côté, -qui jouxtait le camp de prisonniers-, on a essayé de vouloir s’en occuper, les Anglais ne veulent pas, et puis hier… ils ne veulent même pas y entrer, parce qu’il y a eu un type qui s’est fait poignarder en essayant de rentrer là-dedans, ceux qui survivent sont des bêtes fauves, ce ne sont plus des hommes. Ce n’est pas la peine de vous présenter, les Anglais vont vous éjecter, ils ont jeté des pommes de terre crues par dessus les barbelés, ils ne veulent même pas y entrer. Il y a du tiphus, il y a tout ce qu’on veut là-dedans… ». Moi je me présente quand même auprès de l’Anglais qui était à côté, dans des tentes, bien installé d’ailleurs, et je lui présente mon sauf-conduit de la Croix-Rouge: « Je suis envoyé par la Croix-Rouge », je ne lui ai pas dit que j’étais prisonnier. « Ah! Vous êtes médecin de la Croix-Rouge! » « Oui, je suis médecin de la Croix-Rouge » « Alors, faites ce que vous avez à faire ».
Je suis rentré là-dedans après m’être fait saupoudrer de DDT de la tête aux pieds, j’étais blanc comme un Pierrot… et là je ne peux pas décrire ce que j’ai vu, ce sont vraiment mes souvenirs les plus effroyables de toute la guerre, avec des… c’est inimaginable de… j’ai vu un spectacle… avec des cadavres éventrés dont le foie avait été mangé par les autres… enfin… alors… je n’ai eu qu’une cesse, je me suis arrangé, il y avait un hôpital allemand dans les environs, que j’ai fait évacuer, que j’ai fait vider parce que je voulais qu’au moins les quelques moribonds qui étaient là-dedans puissent mourir dans des lits. Je ne voulais pas qu’ils meurent comme des chiens, par terre.
Cela m’a demandé une bonne semaine, pour m’en occuper. On avait eu la liste, que les Anglais m’avait fournie, de femmes de SS; parce qu’il fallait du personnel pour s’occuper de tout ça. Ils sont allés ramasser les femmes de SS pour faire le travail. Quand elles rentraient là-dedans, il y en avait qui se trouvaient mal, mais j’avoue qu’on les faisait se relever à coups de pieds dans le derrière, tu sais… on était… devant un tel spectacle, c’était insupportable, on ne pouvait… c’était inénarrable… on ne peut pas imaginer.
Au bout de huit jours, quand le camp a été vidé, il n’y avait plus personne dans le camp de déportés, ils étaient tous dans des hôpitaux, je m’étais arrangé pour faire venir d’autres médecins…
GD : - Combien étaient-ils dans ce camp?
J’ai retrouvé un papier dernièrement… il y en avait environ 3000 (déportés) quand je suis arrivé mais il en est mort les deux tiers pendant les huit jours où j’étais là. Ils étaient tous moribonds, ils étaient moribonds… c’était… (silence).
- Qui étaient ces déportés?
C’était pour la plupart des déportés politiques et d’anciens détenus, j’ai revu ça dans mes papiers[1], je ne m’en souvenais plus de cela. Mais c’était essentiellement des déportés politiques, des communistes, il y avait un type qui s’appelait PARENT, un grand communiste de l’époque, que j’ai retrouvé là-dedans… Il y avait aussi des juifs évidemment parmi eux.
Au bout de huit jours, quand mon travail a été accompli à peu près, j’ai dit au commandant anglais dont je partageais la popotte, et ça me semblait bon, tu penses, de manger du pain comme ça!… leurs toats et tout… c’était le paradis… Je lui dis: « Ecoutez, voilà, effectivement, j’ai été envoyé par
Il me dit: « Faut-il que je mette quelque chose à votre disposition, ou vous voulez rentrer directement en France? » « Je ne peux pas, il faut que je rende compte de ma mission ». J’étais encore… régulier! « Il faut qu’on rentre à Lübeck ». On nous avait dit qu’il fallait impérativement qu’on rentre. ».
(à suivre dans « La caque sent-elle toujours le hareng ? »)
Gérard Delacour (c) 2007
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