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Dimanche 31 décembre 2006 7 31 /12 /Déc /2006 13:57

  

§3, le Pape cite Nietzsche : « Le christianisme donna du poison à Eros : il n’en mourut pas, mais dégénéra en vice[1] » pour, bien entendu, renier cette maxime. Or nous trouvons bien vite de quoi comprendre Nietzsche, un peu plus loin dans le texte de la bulle qui aborde la question du sexe comme « chose » :

 

 

 

 

« En réalité, nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain, qui n’est plus intégré dans le tout de la liberté de notre existence, qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être, mais qui se trouve comme cantonné au domaine purement biologique. L’apparente exaltation du corps peut bien vite se transformer en haine envers la corporéité » (page 23).

 

 

 

 

Et surtout :

 

 

 

 

« La foi chrétienne a toujours considéré l’homme comme un être un et duel dans lequel l’esprit et la matière s’interpénètrent l’un l’autre et font ainsi tous deux l’expérience d’une nouvelle noblesse. Oui, l’Eros veut nous élever en « extase » vers le Divin, nous conduire au delà de nous –mêmes, mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons ».

 

 

 

 

Nous y voilà donc, nous étions tant étonnés d’avoir pu espérer comprendre autre chose ! En quelques pages, suivons le chemin tortueux du sophisme papal :

 

 

 

 

Que le Pape énonce aujourd’hui que la foi chrétienne a « toujours » considéré qu’esprit et matière s’éclairent mutuellement est une perversité historique. Pour l’Eglise, il n’existe d’unité humaine que pour exprimer la créature visible de Dieu, tirée de la matière, tombée du Paradis sous sa faute, dans laquelle âme et corps sont opposés en un combat permanent : l’âme étant la part d’image divine, le corps la part de bestialité ancrée dans la matérialité et le péché. Descartes l’avait fort bien compris pour l’avoir installé en une de ses « preuves » de l’existence de Dieu, dont il avait besoin pour ne pas tomber sous les coups de l’Eglise d’alors.

 

 

 

 

Je vais oser, sans attendre, un raccourci des 77 pages de la bulle : la « créature unifiée » dont parle Benoît XVI signifie, comme d’habitude, la victoire de l’âme sur le corps, transfigurant l’Eros en analogie fulgurante de l’offrande du corps du Christ par Dieu à l’humanité ! C’est subtil et intéressant, mais pervers. La différence entre Aristote et Benoît XVI, c’est un Dieu qui aime l’humanité, pour celui-ci, au lieu de n’être qu’un moteur universel pour le premier[2]. Dieu aime l’homme, Dieu est marié à Israël comme mari et femme, il s’agit d’un amour passionné pour son peuple et donc d’une unification charnelle, exprimée notamment par l’anneau de chair de la circoncision. « Mais cette unification ne consiste pas à se fondre l’un dans l’autre[3]… Elle est une unité qui crée l’amour, dans lequel les deux, Dieu et l’homme, restent eux-mêmes et pourtant deviennent totalement un. « Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit » (Paul, 1 Cor, 6, 17). »

 

 

 

 

Or l’homme est seul depuis toujours. Mais cela ne lui suffit pas, il cherche à se « compléter ». Miracle d’une philologie papale plus que douteuse : « A l’image du Dieu du monothéisme, correspond le mariage monogamique[4] ». Evidemment, cela coule de cette source pervertie, comme le dit Nietzsche. « Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de Dieu avec son peuple et réciproquement : la façon dont Dieu aime devient la mesure de l’amour humain ». Il y aurait ainsi un lien « étroit » entre Eros et le mariage humain dans la Bible  ! Il ne manque plus qu’un lien dans cette fable, celui de Dieu avec la corporéité de sa créature. Quoi de plus emblématique qu’un fils –pas une fille- comme le vieil Abraham s’y était essayé, mais cette fois, le fils va être immolé pour de bon, « par amour ». « … cet agir de Dieu acquiert maintenant sa forme dramatique dans le fait que, en Jésus-Christ, Dieu lui-même recherche la « brebis perdue », l’humanité souffrante et égarée[5] ».

 

 

 

 

« Nous ne recevons pas seulement le Logos incarné de manière statique, mais nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande. L’image du mariage entre Dieu et Israël devient réalité d’une façon proprement inconcevable : ce qui consistait à se tenir devant Dieu devient maintenant, à travers la participation à l’offrande de Jésus, participation à son corps et à son sang, devient union…[6] »

 

 

 

 

« L’union avec le Christ est en même temps union avec tous ceux auxquels il se donne. Je ne peux avoir le Christ pour moi seul ; je ne peux lui appartenir qu’en union avec tous ceux qui sont devenus ou qui deviendront siens. La communion me tire hors de moi-même vers lui et, en même temps, vers l’unité de tous les chrétiens… un seul corps…[7] ».

 

 

 

 

Bien. Tout est dit. Ce qui m’intéresse tout particulièrement maintenant, c’est de tenter un détournement simple, très simple, du texte de la bulle DEUS EST CARITAS...

 

 

 

 

(à suivre, III…)

 

 

 

 

Gérard Delacour ©, Genève 30 décembre 2006.

 

 

 

 



[1] Nietzsche, Œuvres Philosophiques Complètes, Par delà bien et mal, IV, 168, NRF Gallimard, Paris 1971, p.95.

[2] Cité par Benoît XVI, §9, page 29 : Aristote, Métaphysique, XII, 7.

[3] Op.cit. p. 31.

[4] Op.cit. §11, extraits.

[5] Op.cit. §12, extraits.

[6] Op.cit. §13, extraits.

[7] Op.cit. §14, extraits.

Par Gérard Delacour
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