Dimanche 22 mars 2009
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Dimanche 22 mars 2009
"... Mais alors qu'est-ce que leur Dieu? Ce n'est pas même une idée, c'est une aspiration.
C'est le nom générique de tout ce qui paraît grand, bon, beau, noble, humain. Mais pourquoi ne disent-ils pas alors: l'Homme? Ah! c'est que le roi Guillaume de Prusse et Napoléon III, et tous
leurs pareils sont également des hommes : et voilà ce qui les embarrasse beaucoup. L'humanité réelle nous présente l'assemblage de tout ce qu'il y a de plus vil et de plus monstrueux dans le
monde. Comment s'en tirer? Alors ils appellent l'un, divin, et l'autre, bestial, en se représentant la divinité et l'animalité comme deux pôles entre lesquels ils placent l'humanité. Ils ne
veulent ou ne peuvent pas comprendre que ces trois termes n'en forment qu'un, et que si on les sépare, on les détruit.
Ils ne sont pas forts sur la logique, et on dirait qu'ils la méprisent. (...) ... car la vie elle-même est paralysée par une contradiction logique.
Cette contradiction est celle-ci : ils veulent Dieu et ils veulent l'humanité. Ils s'obstinent à mettre ensemble deux termes qui, une fois séparés, ne peuvent plus se rencontrer que pour
s'entre-détruire. Ils disent d'une seule haleine : Dieu et la liberté de l'Homme, Dieu et la dignité, la justice, l'égalité, la fraternité, la prospérité des hommes -sans se soucier de la
logique fatale, en vertu de laquelle, si Dieu existe, tout cela est condamné à ne pas exister. Car si Dieu est, il est nécessairement le maître éternel, suprême, absolu, et si ce maître existe,
l'homme est esclave, il n'y a ni justice, ni égalité, ni fraternité, ni prospérité possible. Ils auront beau, contrairement au bon sens et à toutes les expériences de l'Histoire, se représenter
leur Dieu animé du plus tendre amour pour la liberté humaine : un maître, quoi qu'il fasse et quelque libéral qu'il veuille se montrer, n'en reste pas moins toujours un maître. Son existence
implique nécessairement l'esclavage de tout ce qui se trouve au-dessous de lui. Donc, si Dieu existait, il n'y aurait plus pour lui qu'un seul moyen de servir la liberté humaine: ce serait
de cesser d'exister.
Amoureux et jaloux de la liberté humaine et la considérant comme la condition absolue de tout ce que nous adorons et respectons dans l'Humanité, je retourne la phrase de Voltaire, et je dis
que, si Dieu existait, il faudrait l'abolir."
Pour ne pas influencer votre jugement, je ne révèle pas l'auteur. A suivre...
Par Gérard Delacour
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