Lundi 7 janvier 2008 1 07 /01 /2008 12:47
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1980
 
Un autre jour, plus ancien… Agé, sage? Souvent saccagé? Je veux dire éperdu de voir le temps filer sans qu'il ne se passe rien de plus que la veille.
Alors il parle, parle trop, il peut parler puisqu'il est le plus âgé. Il ralentit le flux de sa parole comme pour donner plus de poids à ce qui sort de sa bouche. Parfois même, et il le sait trop bien, il répète, comme s’il n’avait encore rien dit, et il est prêt à subir l’affront d’entendre “qu’il l’a déjà dit”, mais il prolonge un tout petit peu encore, il retarde le moment où il sera de nouveau seul, sans personne à qui parler.
Que cela demande aux hommes tant de temps d’échanger, au lieu de communiquer dans l’instant comme ces deux fourmis qui se croisent sur le chemin de la subsistance, doit être au fondement de notre structure, vital, définitivement constitutif. Il est donc simple de comprendre ce qui est bon ou non dans les nouvelles technologies de la communication.
 
 
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1981
 
Avoir la force c’est aussi garder le désir de parler au futur.
Il était une fois cette femme qui avait tout bâti sur son mari, rien que de bien ordinaire et plutôt banal. La voici privée de son appartement, de ses commerçants, de son argent quotidien.
Elle vit à la campagne, trop loin de la ville, en dehors de toute communauté. Elle ne peut jamais rester seule. Il l’emmène avec lui partout, elle attend sur les parkings des entreprises de ses clients, elle dort dans les hôtels de ses déplacements.
Comme elle n’a plus de forces, elle passe le peu d’énergie qui lui reste à se plaindre de tout, de tout ce qu’elle n’a plus.
 
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1982
 
Le jeu pervers se voudrait plus fort que la vie, comme le diable.
- “Tu ne sais plus compter jusqu’à neuf?”
- “?…”
- “Pas un pas de plus sur le bord!”
 
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1983
 
Irréconciliables. Ainsi ils avancent dans la vie. Peu à peu se resserre la certitude de ne pas aller ensemble puisque rien ne se fait ensemble. C’est tout au début qu’ils se connaissaient le mieux, maintenant ils ne savent plus qui est l’autre. Trop brouillé, trop brouillés.
 
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1984
 
Histoire de l'infirmière qui assiste au suicide de son mari, au pistolet. Chômeur de 43 ans, vendeur de voitures qui a perdu sa place. Il ne supportait pas qu'elle soit seule à rapporter des sous à la maison. Cinq ans après, son fils de 20 ans se tue dans un accident d'auto. Il reste la mère, elle, et la fille de 24 ans, éperdue.
Elle a un ami et cherche à vendre sa maison, celle que son mari a pratiquement construite de ses mains et où il s'est donné la mort. Dans le mur et le plafond de la cuisine: encore quelques impacts du drame. Elle les voit tous les jours.
Elle veut une maison au bord de la mer, pour respirer l'air du large. Les bateaux aussi ont parfois leur voile au grand largue, quand le vent vient par l’arrière.
 
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1985
 
Ce sublime moment où toutes les possibilités, celles que vous attendez depuis si longtemps, semblent s'ouvrir à vous… Vous êtes dans le bonheur, ce mot idiot qui vous replace souvent tant d'années en arrière, que ces années aient réellement existées ou qu'elles aient été en permanence quelque part dans votre petite tête, comme un espoir qui ne vient pas, comme un nuage blanc qui flotte quelque part et que vous savez ne pouvoir saisir.
Jusque là, si peu nombreux étaient ceux qui pouvaient comprendre que vous répétiez: “Je ne souhaite que d’être heureuse un jour”. Votre médecin avait conclu que vous étiez dépressive.
Ainsi commence ce temps où les choix sont à vous, où vous savez que ce que vous faites est à vous, est de vous, est pour vous; c'est seulement alors que vous pouvez vous tourner vers les autres, l'humanité vous est vraiment accessible.
Tant que ce temps n'est pas arrivé, votre amour des autres n'est qu'un simulacre.
 
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1986
 
Les enfants. Etre au désespoir de n’en point avoir.
Ou être heureux de n’être pas parent.
Ou être désespéré de son indisponibilité à les connaître.
Et mettre au monde la petite tête qui fraye son chemin hors du corps de la femme aîmée. Adopter ce bébé inconnu puis le mettre patiemment, de loin en loin, au monde.
 
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1987
 
Il rentre du yoga.
De l’assouplissement… Posture sur la tête…
Soixante douze mille points de prâna… L’énergie vitale.
Tout ce qu’il ne fait pas! Et le moyen d’être quand même en paix. Il est vrai que pour supporter tout cela, y compris le club, il y a les petites fumettes.
 
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1988
 
Le monde est trop plein d'histoires, toutes plus vaillantes les unes que les autres, non ? !
Histoire de ces gens qui campent sur l'esplanade du Château de Vincennes.
Ne vaut-il pas mieux, abbé, partir en retraite dans le désert accompagné de quarante photographes?
Histoire de quelques jours des africains sans papiers, couchés dans l’église.
Quelle intégration? Quels étrangers? Quelle immigration? Trop d’histoires ! Et ces medias, ces journalistes, qui exagèrent toujours tout !
Ah ! Je me sens bien.
 
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1989
 
Désespoir, quelqu'un qui s'effondre, qui pleure, pas français.
Interpellé, sa femme à prévenir, son métier perdu, agir vite, incarcéré “pour la première fois”.
Mutisme complet, entretien d'entrant[1], rien à en tirer, état-civil déroulé, démence sénile? Né en 1914! Cà me gonflait qu'il soit là, en prison, pas normal qu'il soit incarcéré, demande de transfert…
Ca va prendre trois ou quatre mois, ça sera trop tard!
 


[1] Nouvellement entré à la prison
Par Gérard Delacour
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