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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 12:29
 
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10 nouvelles
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La vie parfois déroule ses corolles de temps manqué.
 
Nous avons cru aux chiffres, avec leurs zéros,
Et posséder et accumuler…
 
Mais, brisant ce monde d'AVOIR,
vous pourrez aimer.
 
 
 
    
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
à mes chers enfants.


Préambule.
 
 
 
 
 
Chaque récit renvoie à une figure.
 
Elle n'est ni mathématique, ni géométrique, ni esthétique.
 
Les biens -et non les maux- sont les fléaux de notre civilisation, et ce, sans doute, sur l'entière surface de la Terre, car même et surtout quand ils manquent, ils tuent aussi.
 
Il n'existe aucun "remède", c'est-à-dire aucune réforme possible. Et nous savons aussi où conduisent les pensées qui procèdent de la tentative de trouver des solutions globales.
 
Témoin partial, à travers quelques récits plus qu'humains, la livraison ci-après donne des touches très brusques afin de participer à un début d'inventaire des dégâts causés dans l'humanité par le verbe Avoir.
 
Les filtres, les raccourcis et les faux-fuyants n'y peuvent rien : c'est peu, bien entendu, de dire que toute possession est un fléau. Et nous savons parfaitement, au fond de nous-mêmes, que rien, absolument rien ne vaut quoi que ce soit, si ce n'est d'aimer et d'être aimé.
 
Voilà aussi pourquoi les humains, empêchés de le vivre, ont inventé un Dieu Tout Amour. Et puisque l’Amour se brise à l’Avoir, voilà peut-être pourquoi Dieu est Tout Question.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
1. JE.
 
 
J'étais assis sur le pas de la porte, le cul sur une borne de pierre qui s'y trouvait avant la construction de la maison.
 
Je regardais le ciel bleu et rose du soir, et le vent passait au-dessus des mâts de bois, dans les cordages, dans les arbres de la colline, au loin.
 
Les bateaux venaient d'arriver en fin d'après-midi, et après deux heures de repos, les marins se remettaient au travail. Il fallait décharger toute la nuit.
 
Bien avant leur entrée dans le port, dont on avait relevé la chaîne dès l'annonce de leur retour, le parfum de l'Orient, un mélange bizarre et profond d'encens, de myrrhe, de benjoin, de papier et de cuir moisis, d'étoffes musquées et de gingembre, me parvenait par grandes bouffées.
 
Le voyage était terminé. Les marchands de ma ville seraient encore plus riches.
 
Je savais que j'allais devoir travailler beaucoup, tous les jours à venir car, comme écrivain public, les matelots viendraient me voir. Certains avaient leur famille loin d'ici, dans le Nord ou dans le Centre des Provinces. Peut-être leur lettre n'arriverait-elle que dans quelques mois ou pas du tout, mais ils m'auraient acheté l'espoir de parler à leur femme ou à leurs parents, le temps de me dicter ce que j'agrémentais de quelques phrases bien tournées.
 
Je sentis le vent fraîchir et le ciel devenir plus gris. Ce n'était pas seulement le soir qui venait. C'était le bruit des poulies qui me le disait. Je savais qu'il allait y avoir une tempête. Tout le monde serait obligé de s'arrêter de décharger, de peur de perdre la marchandise qui risquerait d'être mouillée ou de tomber à l’eau. Nous étions le 11 Janvier 1797. Dans cette hémisphère, c'était l'été. Je fus brusquement persuadé que quelque chose devait changer ma vie dans les heures à venir.
 
Et cela m'angoissait et m'excitait tellement que je me levai et partis marcher, au vent.
 
Avant de passer le coin de la rue, je sentis de nouveau un pincement au coeur, semblable à ceux que j'avais pu connaître lorsque j'étais dans l'erreur ou lorsque j'étais amoureux.
 
Pourtant elle était partie depuis sept mois, sur un bateau pour l'Europe, et je n'avais pas de raison de m'inquiéter. Elle m'avait quitté pour de bon.
 
Le vent s'était levé tout à fait. Je vis les matelots refluer vers la ville et l'activité cesser peu à peu sur le port. On rajouta des ballots de chanvre sur les flancs des navires, pour les protéger de la mer qui allait grossir.
 
J'entendis crier mon nom, depuis la taverne du quai Est. En traînant les pieds, j'allai boire avec les autres, qui avaient besoin de moi et que j'aurais préféré, ce soir-là, ne pas voir.
 
Puis, un peu ivre, je rentrai chez moi, dans le noir.
 
Comme je ne pouvais pas dormir, il me vint de terminer une histoire curieuse que j'avais commencé d'écrire:
 
"Nous étions ensemble depuis le matin. D'abord, nous étions allés acheter du raisin et quelques autres fruits, un gâteau de crême de lait pour elle, un fromage de chèvre pour moi. Puis, arrivés chez moi, elle m'embrassa et me dit:
 
- Cela fait si longtemps, combien de temps?...
 
Je ne répondis pas. Je savais que c'était six semaines. J'avais eu le temps de compter, de souffrir.
 
Puis nous avons fait l'amour, et c'était toujours trés bien, la correspondance avec elle, la folie qu’on voudrait, qui ne vient pas, qui est là, qui vous prend, dont vous êtes le maître et le fétu de paille, brisé, comblé.
 
C'est là que j'avais prémédité mon coup.
 
Je me redressai sur un coude, lui prit la main, et en la regardant bien en face, tout en lui caressant les cheveux, je lui dis d'une seule traite:
 
-…"
 
 
La suite me fut arrachée par la fenêtre battante qui prit les feuilles de papier de mon bureau, renversa l’encre brune, cassa l’encrier vert. Le vent s’y mettait pour m’empêcher d’écrire les fadaises qu’on me réclamait.
 
La vérité était que j'étais dans l'incapacité de la faire parler, dans cette histoire qui étalait ses quelques lignes, sur le petit bureau sombre. Je dis tout bas:
 
- Va-t-en, tout de suite, habille-toi et laisse-moi...
 
Mais je restais sans possibilité de savoir. Avais-je raison d'écrire ces histoires, de faire vivre à ces couples des séparations très ordinaires et pourtant très pathétiques ? “C'est si souvent qu'on est aimé des personnes dont on ne veut pas, et qu'on aime alors qu'on ne vous aime pas” me disait le barbier de la rue de la Pêche.
 
Pour ma part, je ne me souvenais pas d'avoir vécu une telle situation, mais il me semblait relativement facile de l'imaginer.
 
Les femmes que j'avais connues m'avaient quitté sans que j'aie rien à leur demander. Au début, cela m'avait choqué et fait souffrir, mais depuis, plus du tout. Je consommais, pendant une heure ou deux, un jour ou deux, quelques nuits, les plus belles possibles. Je ne leur racontais pas ma vie mais j'écoutais leurs espoirs mensongers car elles savaient très bien comme moi qu'il n'y aurait plus rien au bout de quelques semaines. Puis elles disparaissaient au bout de la rue, sur le quai, ou vers la ville.
 
Alors ces amants qui s'aimaient vraiment et cet homme qui voulait se séparer de la femme qu'il aimait, seulement parce qu'il ne pouvait pas vivre avec elle, pour des raisons que je n'arrivais d'ailleurs pas à imaginer non plus, me semblaient incompréhensibles.
 
La tempête faisait maintenant rage, ce qui, à ce point et avec cette force, était rare. J’avais assuré la fenêtre en la calant avec une petite chaise. J'étais seul. Une femme dormait dans mon lit, je l'avais rencontrée la semaine passée. Elle était belle et inquiétante, avec le masque de quelqu'un qui ne veut plus aimer, et je la trouvais finalement laide. J'étais en train d'écrire mon histoire d'amants stupides et poignants.
 
Quelqu'un m'appela dans la rue. Une voix de femme. J'ouvrai la fenêtre qui donnait sur le petit passage et ne la reconnus pas dans le noir. Je décidai, en un instant, qu'il valait mieux que je sorte dans la rue et fit un signe.
 
Ma veste, la porte de bois, doucement, puis la grille forgée, l'air du quai.
 
Elle se tenait en face de moi, le vent hurlait.
 
La pluie ne nous touchait qu'à peine, à cause du vent si fort.
 
J'ai connu peu autant le bonheur.
 
Le lendemain, je récupérai ma maison et notre lit. J'ai vécu avec celle que j'aime, depuis ce jour et, c'est curieux, la mémoire vient parfois à me manquer de ce qui se passe lorsqu'on est seul, sans amour. Je crois me souvenir que ce n'est pas drôle.
 
J'étais essentiellement persuadé que cela pouvait durer de jour en jour parce que nous n'avions jamais voulu posséder l'autre. Elle me laissait être. Mais ce qui était divin, c'est que je connaissais la suite de mon histoire.
 
Je viens, cette année, de me réincarner pour la troisième fois et je suis encore trop jeune pour vous parler de cette vie qui commence.
 
Mais je vais achever l'histoire précédente, ma deuxième vie, où j'ai été heureux : la femme que j'aimais m'a donné un enfant et nous avons vécu dans la passion et l'amitié pendant des années.
 
Nous avons échappé aux monstres rongeurs qui dévastent les couples.
 
Je suis mort avant elle, mais nous vivons encore ensemble, nous allons bientôt de nouveau nous rencontrer. Nous participons ainsi de l'être, pour toujours, dans le cosmos.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
2. DUELLE.
 
 
J'étais une femme parfaitement heureuse. J'avais trouvé un homme tout à fait délicieux. Il m'apportait des cadeaux enveloppés avec de beaux papiers, avec un gros nœud, et même s'il n'y avait pas grand-chose dedans, c'est le magnifique paquet qui me plaisait. J'étais emballée.
 
Je connaissais enfin l'amour passion, le vrai, celui qui fait battre le cœur comme il n'a jamais battu, qui fait oublier comment il battait auparavant. La vraie passion, celle qui vous dévore, qui prend tous vos instants, qui vous rend si malheureuse, et si heureuse parce qu'il est là, et qu'il vous prend dans ses bras, des petits gestes ordinaires.
 
Je faisais enfin l'amour comme j'avais souvent rêvé que cela puisse être. C'était doux et terrible à la fois, cela durait longtemps, et j'étais moi-même. J'osais l'être.
 
J'osais désirer pour moi-même, afin que l'homme dont j'étais amoureuse soit comblé, et puis nous recommencions toujours avec la même passion.
 
Nous ne pouvions pas vivre ensemble tout de suite parce que la vie, savez-vous, quand elle est déjà avancée, met souvent des conditions matérielles, sociales, économiques et morales comme barrières au changement. Et puis, l'un et l'autre, nous ne voulions pas précipiter par des manœuvres maladroites notre nouvelle relation dans des abîmes de difficultés.
 
Pour cela, je m'étais donné, sans le fixer vraiment, un temps pour adoucir les circonstances et amadouer le destin. Pour faire le nécessaire. Six mois.
 
Il n'en a pas été ainsi. Au bout de trois semaines, j'ai senti qu'il était gêné et que, bien souvent, il fallait remettre certains rendez-vous. Oh non pas que sa passion fut en rien diminuée ! Mais la vie de tous les jours ne ménageait pas de durée suffisante pour que nous puissions nous rencontrer intelligemment. Tout quitter tout de suiteÊ ? Impossible, en tout cas pour lui. Ne pas nous revoir, le temps que nous arrangions chacun de notre côté ce qui devait l'être ? Impossible, en tout cas pour moi.
 
Vous avez déjà compris.
 
Pourquoi ? Parce que l'épaisseur de temps qui a joué le rôle de révélateur dans cette histoire, sans doute la première et la dernière histoire d'amour de ma vie, était cette quantité même qui manquait à notre passion pour qu'elle puisse vaincre les obstacles énormes qui se dressent toujours devant elle dans notre société.
 
Avec le recul, aujourd'hui, je suis consciente d’être une femme à nouveau heureuse, même si je sais que, jamais de ma vie, je ne pourrai oublier cet homme que j'aimais, le grand bonheur que nous nous sommes donné. J'ai des amis. Je vis bien, je travaille, ce que je ne faisais pas avant de le rencontrer. J'ai pris ma place dans la cité, et c'est là un des mérites essentiels de cette aventure.
 
Que puis-je faire exactement aujourd’hui? Je ne peux confier ce que je ressens, même à mes amies, car elles ne sont pas prêtes à entendre quelqu'un qui vit dans l’amour de son passé. Pour moi, elles ne voient pas leur mort lente face à ce qu'elles n'ont pas réussi. Je ne peux pas non plus en faire quelque chose, puisque cela n'est plus et que çà ne peut servir à personne d'autre.
 
De temps en temps, dans des conversations mondaines, où l'on parle d'une telle qui est amoureuse, je me permets de dire que c'est une bien fâcheuse maladie, en ajoutant toujours "comme disait Rousseau" pour que chacun considère mon intervention comme une citation littéraire et non comme une confession. De toutes façons, la plupart des personnes présentes n'ayant jamais vécu de passion dans leur vie, c'est un sujet qui intéresse trés peu d'entre elles, sauf celles, comme moi, qui en ont été atteintes.
 
La passion intéresse les cinéastes et les gens de théâtre qui savent si bien faire vivre au spectateur ce qu'il n'a pu vivre par lui-même, ou bien, la plupart du temps, n'effleurer que du doigt... Ou alors ce sont les aventures immorales, et bien normales, des innombrables bigames qui nous entourent.
 
Si bien que ce soir-là, cela faisait quelques heures que je ne lui avais pas parlé. J'ai pris le téléphone, cet engin merveilleux et criminel, et je fis son numéro. Il dormait presque, et me dit qu'il allait s'endormir en faisant des rêves. Je dérangeais. Ou bien il aurait fallu que j'insiste beaucoup pour lui faire comprendre que je tenais si fort à lui. Mais comment savoir ? Il avait la voix endormie et ne fit rien. “Ou alors”, me dit-il enfin, “viens, nous faisons l’amour, et tu rentres chez toi tout de suite après”.
 
Il m’était totalement impossible de dire oui à quelque chose dont j’avais envie et qui m’était offerte ainsi, facilement.
 
Je ne savais plus que penser, et dans ces moments-là, mon éducation de petite fille revenait en masse à la surface pour faire que je m'efface devant le seigneur et maître qu'étaient mon père et tous les hommes en général. Je balbutiais donc quelque chose, et des excuses, et je raccrochais, mais peut-être avait-il raccroché juste un tout petit peu avant moi, ou bien avais-je raccroché trop tôt ? Je me jurais, une fois de plus, de ne plus jamais me servir ainsi du téléphone.
 
Je n'écrivais plus non plus, parce que les lettres se conservent et qu'en l'occurence, je n'avais rien à dire d'autre que je t'aime, en interjection jetée comme un pont au dessus du désastre de ma vie, qui peu à peu ressombrait dans l'abandon le plus noir.
 
Les autres, beaucoup d'hommes, m'avaient écrit des pages entières de choses trés belles, comme je ne savais et ne saurais jamais en écrire. J'étais incapable de leur répondre, ni de leur faire savoir que j'étais contente de ce qu'ils m'écrivaient.
 
Parfois, je ne voulais pas répondre car la demande d'amour ne correspondait pas à la mienne, mais parfois, j'aimais et j'aurais été heureuse de le faire savoir. Mieux que çà.
 
Avec lui, c'était encore différent. J'étais tellement passionnée que pendant des mois entiers, je ne vis plus personne, et n'étais pas capable de répondre à une quelconque invitation, même de mes meilleurs amis.
 
Je décidai de me ressaisir, comme disait ma mère lorsqu'un de ses amants la laissait tomber, et que cela ne semblait pas l'affecter outre mesure. Elle me disait : "Tu vois, il faut savoir s'arrêter au bon moment, juste au bon moment pour ne pas souffrir. Il suffit de le décider, et alors je ne m'attarde jamais." Je savais, parce que je le sentais aussi en moi, que peu d'hommes ont cette capacité de décision, le recul et la maturité pour le faire, comme cela existe chez la majorité des femmes.
 
Mais cette passion m'avait comme anéantie, et je comprenais mieux pourquoi tout cela pouvait être qualifié de l'adjectif "passif".
 
J'avais cru, longtemps, avant de la vivre, que la passion se nourissait de l'action, mais je m'étais tellement trompée que j'en étais effrayée: la passion se nourrit d'elle-même, elle se mord, elle se dévore, elle disparait si elle ne se mange pas, paradoxe fabuleux des amants toujours anthropophages.
 
Et c'était aussi mon propre corps, et mon âme qui étaient avalés. Absorbés par le temps qui passe et le temps qui ne passe plus, détruits par l'espace qui sépare, et par la brûlure de la présence.
 
Il fallait que je parvienne à dormir, et cela était devenu trés difficile. Je ne mangeais plus non plus. Je ne parlais plus. J'étais bonne pour l'asile. Et à cause de quelqu'un "qui n'était même pas mon genre", comme dit Swann! Et pourtant, quel genre il avait, quel style, quel touch, c'était sans doute le seul être avec lequel...
 
J'ai vécu des années depuis cette histoire. Je suis maintenant mariée et j'ai trois enfants, parce que j'ai eu deux jumeaux après le premier. J'aime énormément mon mari.
 
Il m'arrive parfois, et c'est dans ce sens que je réponds à votre question, de penser à l'amour-passion, mais je suis persuadée aujourd'hui que c'est un état invivable, une véritable déviation psychique. Je ne dis pas que ce n'est pas normal, certes, c'est trés beau, il faut connaître çà quand on est jeune. Mais on ne peut certainement pas vivre passionnée toute sa vie, et en tout cas, je plains la femme à qui cela arriverait.
 
On dit que les grandes actrices vivent comme çà, dans la passion, mais ce n'est pas pareil d'être passionnée pour un art, un métier et pour un homme. Dans l'art, on se réalise, on agit...
 
Et puis les hommes ont autre chose à faire qu'à s'occuper des femmes. La vie qu'ils mènent, souvent intéressantes, ne leur laisse pas beaucoup de temps pour penser à eux -mêmes et à leur façon d'être. Les femmes ont davantage de temps et de recul. Donc d'écoute. Les hommes doivent assurer la pitance, ils sont des guerriers, toujours et encore, ils doivent chasser, et même si leur femme travaille à l'extérieur aussi, la plupart voudraient ne pas avoir besoin de ce surplus.
 
Les femmes ont été élevées, comme moi je l'ai été, à vivre pour le désir de l'autre, et non pour leur propre désir. Nous les femmes, vivons par désir médiatisé, dans le désir de l'homme avec qui nous sommes. Ainsi jouissons-nous souvent par procuration, à travers la jouissance de l'autre.
 
Quand les femmes parviennent enfin à comprendre qu'elles ont aussi un être qui est une identité à part entière, une part entière bien à elles, elles en usent bien souvent contre l'autre, ce qui est dommageable pour les relations de couple. La vengeance est compréhensible, elle est historique.
 
Avec mon mari, nous avons parlé de tout cela, et il est d'accord.
 
Avec celui que j'ai aimé, je ne crois pas que j'aurais pu vivre aussi bien. C'est que j'aurais eu peur, peut-être en permanence, de perdre ce bonheur.
3. TRIANGLE IRREGULIER
 


 
Son mari n'était pas si mal que çà, et puis il était de plus en plus gentil avec elle, au fur et à mesure qu'il s'était aperçu qu'elle s'éloignait de lui pour voir et parler avec son amant.
 
Il n'était pas jaloux de cet homme car il pouvait être certain que sa femme ne le quitterait jamais pour partir avec lui.
 
Pour sa part, il n'approchait que les femmes dont il savait déjà qu'elles seraient consentantes. Lors de ses nombreux déplacements en province, il en rencontrait ainsi quelques unes, surtout des femmes de collègues, de directeurs d'usine, des femmes de bourgeois absents, comme lui, de chez eux pour quelques jours, qui aimaient leur mari et trouvaient passionnant et délicieux de les tromper avec le premier gentleman venu.
 
Son succés venait de ce qu'il était un des hommes les plus inconnus et secrets qu'une femme puisse rencontrer, car il ne se livrait pas. Il faisait parler son interlocutrice, et repartait sans avoir dit grand chose de lui-même.
 
Quand il semblait se confier, c'était pour dire des choses tellement générales sur la vie, l'amour, les relations, les compliments ordinaires, et les cadeaux d'usage, qu'une fois le mirage passé, une femme intelligente pouvait se rendre compte qu'elle ne le connaissait pas davantage qu'avant d'avoir fait l'amour avec lui.
 
Il aurait préféré être l'ami de cet homme, si celui-là n'avait pas été, précisément, l'amant de sa femme. Il ne pouvait pas l'admettre. Mais la jalousie, d'ordinaire sans objet, avait cette fois une bonne raison d'être: il ne pouvait accepter le partage d'un bien.
 
Sa femme était un de ses biens, il l'avait d'ailleurs achetée, elle qui était dans l'incapacité de se nourrir et de subvenir à ses besoins.
 
Ses maîtresses successives, depuis l'âge de ses vingt-cinq ans à son mariage à trente-sept ans, lui avaient coûté trés cher. Aussi choisit-il quelqu'un qui ne pouvait qu'être dépendante de lui, qui ne pourrait jamais se libérer économiquement de lui.
 
Il suffisait de lui donner juste assez d'argent chaque mois pour que la maison tournât, mais pas trop pour qu'elle ne puisse gagner de temps. Il fallait qu'elle soit suffisamment occupée pour n'avoir jamais vraiment d'espace pour elle, vraiment pour elle. Il lui avait donc laissé la possibilité de prendre une femme de ménage, mais trop peu d'heures. Ainsi lui restait-il encore pas mal d’heures de travail à faire à la maison.
 
Ainsi, n'existant pas pour elle-même, ce genre de femme passe son temps à s'occuper des enfants, qui ne tardent pas à venir puis à envahir tout l'espace vital.
 
Il existe une demi-heure à trois quarts d'heure le matin, après la rentrée des classes, pour s'occuper de soi. Ce temps est consacré aux réflexions intimes devant le miroir de la salle de bain, pour continuer d'exister dans le désir de l'homme avec qui l'on vit.
 
Sans s'en rendre compte, elle se répétait devant la glace ce qu'elle avait lu chez le coiffeur, et était persuadée que la fatigue était responsable des rides autour de ses yeux.
 
Son amant était un homme curieux, trés indépendant, qui devait être amoureux d'elle, bien que personne n'aurait pu l'affirmer. Que lui donnait-il qu'elle pensait ne pas avoir avec son mari? Elle lui avait dit que c'était "tellement différent avec lui", mais en fait quoi donc? Peut-être seulement le fait de la différence, l'écart. Tout simplement, pas le même parfum.
 
Le risque n'est-il pas d'avoir envie de connaître de plus en plus d'écarts, pour les écarts, et non pour soi?
 
Il savait, cette semaine-là, puisqu'il était absent trois jours, que sa femme avait deux soirées de libre, qu'elle en passerait une avec ses enfants, et l'autre avec son amant, sans doute pour sortir au théâtre, puis aller diner dans une brasserie. Ils avaient les mêmes goûts pour ces choses de la ville.
 
Mais il ne savait pas bien précisément à quel moment sa femme trouvait le temps de faire l'amour.
 
Il se doutait qu'elle l'avait fait quand le soir, au moment où il s'approchait d'elle pour l'embrasser, elle y consentait avec un tout petit recul imperceptible, qu'il remarquait parfois. Mais il lui était devenu difficile de savoir s'il s'agissait de son recul ou du sien, dans la mesure où lui-même en ressentait.
 
Il n'en était pas certain car il était persuadé que sa femme avait déjà fait l'amour le soir avec lui alors qu'elle revenait de l'avoir fait chez son amant. Il est vrai qu'il ne pouvait savoir qu'elle avait fini par trouver cela trés excitant, elle qui se culpabilisait tant, au début, de mentir, tout en continuant à le faire si bien.
 
Il savait aussi que s'il lui en parlait, il briserait la force qu'il avait pour maîtriser la situation.
 
Il se permettait simplement de lui faire peur en parlant de telle femme que son mari avait laissée du jour au lendemain parce qu'elle le trompait, et que lui, sans aucun doute, ferait de même. Elle frissonnait à cette pensée de se retrouver dehors, à la rue, mais ne bougeait pas un muscle de son visage, ni un cil de ses beaux yeux, et continuait de manger doucement.
 
Les enfants venaient à elle de temps en temps, surtout le mercredi après-midi. Sa fille, qui avait presque douze ans, lui demanda un jour qui était son amant. Cette enfant avait tout compris et partageait ce secret avec sa mère qui, pourtant, bien entendu, ne lui avait rien dit.
 
Quant à son fils, il exerçait sa jalousie de jeune mâle en la menaçant de ne pas rester avec elle et de vivre chez son père si elle divorçait.
 
Or sa solitude et sa culpabilité étaient telles qu'elle ne pouvait supporter l'idée de n'être pas avec ses enfants, dans le giron familial, mythe tenace entretenu à grands renforts d'expédients, depuis sa propre enfance.
 
Le grand-père avait acheté une maison dont il pensa en vain pendant les trente dernières années de sa vie qu'elle pourrait permettre de recevoir et d'héberger en même temps et en bonne intelligence tous ses enfants, ses gendres et ses brus, ses petits-enfants et arrières petits enfants. Mais au fil des années, rien de tel ne se passait, il y avait toujours une corde de cet instrument trop sophistiqué qui cassait.
 
Elle y pensait, savait trés bien qu'il fallait cesser de raisonner ainsi et d'espèrer faire mieux que son père, mais elle ne parvenait pas plus à se détacher de cette fiction que de son mari, que pourtant elle n'aimait pas.
 
C’est qu’elle ne le savait pas. Elle le prenait surtout pour son père, l'homme permissif dont elle avait besoin. Ainsi le triangle était-t-il presque parfait.
 
Seulement voilà : l'amant se lassa d'être trompé.
 
Il disparut un matin, ou un soir, et ne laissa pas de trace. Elle le chercha partout où elle put. Elle téléphona à tous les amis qu'elle lui connaissait, mais il avait donné des consignes. Personne ne trahit. De toutes façons, les gens n'aiment pas les femmes fidèles qui font souffrir leur amant, ni les maris qui font pleurer leur maîtresse.
 
Elle crut mourir. Non qu'elle fut amoureuse. Elle l'avait été, et sans doute trop, ou mal, car elle ne savait plus ce que c'était que d'aimer.
 
Elle faisait partie de ces femmes particulièrement attirantes pour les hommes, elle avait vécu des centaines, que dis-je, des milliers, de demandes, de désirs avoués ou pas, de ces situations qui font qu'une femme a tellement de choix que cela fortifie sa conviction qu'aimer n'est rien puisqu'elle ne peut plus y croire. Elle s'était donc donné l'illusion de le faire en prenant un mari, et comme elle s'était trés vite aperçu qu'il n'en était rien, elle avait trouvé un amant, qu'elle s’aimait à se faire croire qu’elle l’aimait.
 
Et puis elle avait de nouveau souffert car elle ne s'autorisait pas à le vivre. Sans aucun doute aussi parce qu’elle n’était plus capable d’aimer.
 
Elle avait été amoureuse, c'était dans sa jeunesse, ou même dans son enfance. D'abord son père, puis un premier homme avec qui elle avait connu la passion, avec ce corps transcendé qui vous fait découvrir très fugitivement ce que pourrait être la vie. Tout cela était parti. L'image du père aussi s'était effondrée, car elle avait appris à le connaître, à le voir tel qu'il était vraiment. Elle découvrit que ses parents ne s'entendaient pas du tout, alors qu'elle croyait qu'ils étaient le couple modèle.
 
Elle chercha son amant dans toutes les rues où il pouvait passer. Elle y consacra des heures, qu'elle n'aurait jamais voulu lui consacrer autrement, elle prit des risques qu'elle n'aurait jamais pris pour le voir d'habitude. Elle était triste et n'avait pas peur de le montrer.
 
Son mari comprit trés vite qu'il était en train de gagner définitivement sur l'autre. Il ne dit rien. Ne changea rien de sa manière d'être, continua d'observer, prêt à rattraper sa femme au bord du gouffre si jamais, par trop plein de romantisme, elle se laissait couler.
 
Il ne fut pas plus ni moins prévenant que d'habitude. Mais, insensiblement, de semaine en semaine, il accentuait sa pression affective. Par exemple, il lui faisait une proposition impromptue de sortie, juste comme il voyait qu'elle ne pensait pas à son infortune, qu'elle venait de coucher les enfants, et qu'elle avait l'oeil vif.
 
Il pouvait l'emmener car elle avait tout oublié, et il pouvait croire qu'elle était de nouveau toute à lui.
 
S'il la trouvait défaite, auprès du grand canapé, à écouter de la musique, il savait qu'il ne fallait rien faire que se retirer prudemment dans sa chambre en attendant qu'elle vienne, beaucoup plus tard, les yeux un peu rougis. Il la prenait alors dans ses bras et ils s'endormaient ainsi tous les deux.
 
Peu à peu le temps fit son office.
 
Les grands vents attisent les grands feux et éteignent les petits.
 
Elle décida de s'occuper de faire refaire la cheminée du salon.
 
-----------------fin de la nouvelle 3---------------------------------------------------------------

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Published by Gérard Delacour - dans Publicat GDelacour(c)
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