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Lundi 7 janvier 2008 1 07 /01 /Jan /2008 12:00

Ce pauvre type blessé sur le bord du chemin[1], qui passe et l’ignore ? Un religieux, puis un juriste clanique. Car la religion et les règles de l’un et de l’autre leur interdisent de s’approcher d’un « impur ». Ils sont donc purs, ces barbares qui ne veulent s’approcher de personne qu’ils ne reconnaissent. Ils ne sont le prochain de personne. Leurs habitus passent avant l’Humanité, et désignent –mais comment ?- ce qui est permis, ce qui est interdit. Leurs lois se veulent premières, elles imposent leurs commandements, même si cela vient en contradiction avec les grands principes communs à toutes les sociétés humaines. Leurs pratiques organisent des faisceaux de croyances qui peuvent même s’opposer aux trois interdits fondamentaux de tuer, de manger de la chair humaine et de pratiquer l’inceste.

C’est le « Samaritain », c’est-à-dire l’immigré de l’époque, l’étranger venu de Samarie en Judée, le « non assimilé », c’est celui-là qui est le prochain de l’Homme. Il présente, incarne et symbolise notre vision d’une humanité globale.

La liberté du Samaritain de venir en aide au pauvre type du bord du chemin (une image d’Epinal) en lui permettant de se considérer comme son égal, lui permet de mettre en œuvre sa fraternité. On connaît la suite, il le soigne, l’emmène dans une auberge, paye pour lui. Il se charge de l’Autre, pour être son proche, pour exprimer le lien qui construit l’Humanité.

A quoi s’oppose le communautarisme du prêtre et du lévite, pour qui ne peut pas exister la notion de prochain, mais seulement celle de membre d’une communauté normée. Le modèle sert à incorporer dans un ensemble exclusif binaire : appartenance versus non appartenance. Le sujet y perd son identité. Il n’est plus, il fait partie. L’extériorisation de la communauté est réservée à une élite qui se porte parole pour le groupe et ses besoins sociaux, politiques, juridiques.

La République avait permis d’être citoyen, libre de participer à telle ou telle culture, à telle communauté de pensée, dans son espace privé. La laïcité laissait vivre chacun comme le prochain de tous les autres humains, en permettant la coexistence de toutes les dynamiques identitaires. La laïcité était une solution pratique (une praxis) pour l’amélioration sociale.

Qui ne veut pas du partage de la condition humaine ? Qui préfére pointer la différence ethnique du Samaritain ? Pourquoi faire ? Qui moralise l’approche d’autrui –pur, impur- ? Qui lapide ces questions compréhensibles par tous, qu’il faut poser systématiquement aux candidats aux élections. Qui transforme ces questions simples en brouhaha incompréhensible des medias, en jus nauséabond, en visions de mort ?

                © Gérard Delacour

 

 Nancy, 2 mars 2004.


[1]  Parabole du Bon Samaritain, Evangile de Luc, X, 29.
Et voici qu'un légiste se leva et lui dit pour le mettre à l'épreuve : " Maître que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ?" Jésus lui dit : " Dans la loi qu'est-il écrit ? Comment le lis-tu ? " Il lui répondit : "Tu aimeras ton seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même." Jésus lui dit : "Tu as bien répondu" Et lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?"
Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. Il se trouva qu'un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l'homme et passa à bonne distance. Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l'homme et passa à bonne distance. Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, tirant deux pièces d'argent, il les donna à l'aubergiste et lui dit : Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je repasserai. Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ? Le légiste répondit : C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. Jésus lui dit : Va et, toi aussi, fais de même.
(Attention au contresens : c’est bien le Samaritain qui est désigné Prochain.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Gérard Delacour
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