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GDB – Gérard Delacour Blog
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Association DIDAPRO: Recherches et Pratiques en Didactique Professionnelle
Ce pauvre type blessé sur le bord du chemin[1], qui passe et l’ignore ? Un religieux, puis un juriste clanique. Car la religion et les règles de l’un et de l’autre leur interdisent de s’approcher d’un « impur ». Ils sont donc purs, ces barbares qui ne veulent s’approcher de personne qu’ils ne reconnaissent. Ils ne sont le prochain de personne. Leurs habitus passent avant l’Humanité, et désignent –mais comment ?- ce qui est permis, ce qui est interdit. Leurs lois se veulent premières, elles imposent leurs commandements, même si cela vient en contradiction avec les grands principes communs à toutes les sociétés humaines. Leurs pratiques organisent des faisceaux de croyances qui peuvent même s’opposer aux trois interdits fondamentaux de tuer, de manger de la chair humaine et de pratiquer l’inceste.
C’est le « Samaritain », c’est-à-dire l’immigré de l’époque, l’étranger venu de Samarie en Judée, le « non assimilé », c’est celui-là qui est le prochain de l’Homme. Il présente, incarne et symbolise notre vision d’une humanité globale.
La liberté du Samaritain de venir en aide au pauvre type du bord du chemin (une image d’Epinal) en lui permettant de se considérer comme son égal, lui permet de mettre en œuvre sa fraternité. On connaît la suite, il le soigne, l’emmène dans une auberge, paye pour lui. Il se charge de l’Autre, pour être son proche, pour exprimer le lien qui construit l’Humanité.
A quoi s’oppose le communautarisme du prêtre et du lévite, pour qui ne peut pas exister la notion de prochain, mais seulement celle de membre d’une communauté normée. Le modèle sert à incorporer dans un ensemble exclusif binaire : appartenance versus non appartenance. Le sujet y perd son identité. Il n’est plus, il fait partie. L’extériorisation de la communauté est réservée à une élite qui se porte parole pour le groupe et ses besoins sociaux, politiques, juridiques.
La République avait permis d’être citoyen, libre de participer à telle ou telle culture, à telle communauté de pensée, dans son espace privé. La laïcité laissait vivre chacun comme le prochain de tous les autres humains, en permettant la coexistence de toutes les dynamiques identitaires. La laïcité était une solution pratique (une praxis) pour l’amélioration sociale.
Qui ne veut pas du partage de la condition humaine ? Qui préfére pointer la différence ethnique du Samaritain ? Pourquoi faire ? Qui moralise l’approche d’autrui –pur, impur- ? Qui lapide ces questions compréhensibles par tous, qu’il faut poser systématiquement aux candidats aux élections. Qui transforme ces questions simples en brouhaha incompréhensible des medias, en jus nauséabond, en visions de mort ?
© Gérard Delacour
Nancy, 2 mars 2004.
[1] Parabole du Bon Samaritain, Evangile de Luc, X, 29.
Et voici qu'un légiste se leva et lui dit pour le mettre à l'épreuve : " Maître que dois-je faire pour recevoir
en partage la vie éternelle ?" Jésus lui dit : " Dans la loi qu'est-il écrit ? Comment le lis-tu ? " Il lui répondit : "Tu aimeras ton seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de
toute ta force, de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même." Jésus lui dit : "Tu as bien répondu" Et lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain
?"
Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. Il se trouva qu'un prêtre
descendait par ce chemin ; il vit l'homme et passa à bonne distance. Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l'homme et passa à bonne distance. Mais un Samaritain qui était en voyage
arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa monture, le conduisit à une auberge et prit soin de
lui. Le lendemain, tirant deux pièces d'argent, il les donna à l'aubergiste et lui dit : Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je
repasserai. Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les
bandits ? Le légiste répondit : C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. Jésus lui dit : Va et, toi aussi, fais de même.
(Attention au contresens : c’est bien le Samaritain qui est désigné Prochain.)
Eh bien voilà comment on se met à raconter sa vie, parce qu’un jour un curé, en soutane pleine de boutons brillants, si nombreux qu’il aurait été difficile de les compter, ce curé avait instauré des séances de punition où le potache était frappé sur son postérieur à l’aide d’une règle en aluminium. Collège, 6e, grands et petits, sournois et rieurs, parfums de mères, odeurs d’encens, église sombre et mystérieuse, prêtres scélérats et menteurs, petits copains, Tintin au pays de l’or noir, sur la Lune et à la piscine, dans les cabines de déshabillage où l’on regardait le slip en coton blanc à braguette Petit Bateau puis les fesses du cothurne, le temps de passer rapidement son maillot. Les filles nous étaient inconnues, elles étaient –de toutes façons, toutes, des « quilles ». Pas de mélange, quelques blagues rares, les petites expériences échappaient au temps scolaire puisqu’elles avaient lieu, la plupart du temps, pendant les vacances.
Solitude extrême dans laquelle je me trouvais, persuadé d’être seul à en souffrir, moi qui constatais partout que les mamans de mes copains faisaient pour eux tout ce que ma mère ne faisait jamais, et j’en pleurais souvent, tant pénétré que j’étais de cette certitude de n’être pas aimé.
Faut-il que je jure tout d’abord que tout mot jeté ici correspond bien à une réalité vécue – vous voyez bien que je ne dis pas « vérité »-- faudra-t-il se récrier si l’on m’accuse d’inventer ? Le lecteur en jugera, qui croyait peut-être pouvoir lire un roman. Pas de ça ici ! Nous parcourrons les fleuves, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, qui charrient les témoignages rapportés par mon récit. Car pour ma part, je sais ce que j’ai vécu, c’est tellement gravé là que je me demande comment aujourd’hui je peux vivre avec tant de souvenirs sans être écrasé par ces histoires tour à tour terribles, charmantes, dévastatrices ou enthousiasmantes.
Alors, puisqu’il faut le dire clairement d’entrée de jeu, j’annonce que j’ai été mal aimé, moi qui ait été aimé toute ma vie, sans arrêt, adulé par les bonnes-à-tout-faire, jalousé par les copains, porté aux nues dans les espoirs de mes parents, encensé par les professeurs, j’ai été mal aimé puisque c’est le seul souvenir que j’en ai.
Le silence de mes confesseurs quant à la présence de Dieu n’y a rien fait, au contraire. Mal aimé, entouré. Seul, pas solitaire. N’est-ce pas précisément l’impression que l’on peut retirer du commerce humain de la foi ? Dieu n’est-il pas ce silence permanent qui fait croire, par le poids de l’absence, qu’il doit y avoir un Etre planqué dans l’obscurité ? C’est la lourdeur du rien qui trace ce cercle de plomb entre soi et la vie, et la mort.
Je n’étais pas aimé, puisque le responsable des études, un des prêtres dirigeants de cette école privée –à ce propos, les écoles en question n’ont jamais été « libres », puisque les seules écoles qui enseignent la tolérance et la liberté républicaines, la laïcité (c’est quoi, ça ??), ce sont les écoles publiques, tout le monde sait cela-, ce Monsieur l’Abbé, aux tempes dégarnies et cheveux poivre et sel, sportif, rapide, vif même puisque les claques tombaient comme des éclairs, à la voix mâle et assurée, hurlait littéralement ses ordres comme le chien qui aboie, montait et descendait quatre à quatre les marches de l’escalier extérieur qui desservait la galerie des salles d’étude, dès qu’il voyait dans la cour de récréation un potache qui allait lui permettre de se payer une bonne petite séance de coups de règle en aluminium sur le cul, devant tout le monde.
Je n’ai jamais vu, je le confesse aussi, un seul coin de peau de fesse lors de ces cérémonies, ce n’était pas comme à
Peut-être est-ce cela être victime, et lorsqu’un jour, parfois, les bourreaux sont jugés par
Mes slips Petit Bateau, épais, amortissaient un peu les coups, sauf au bord, près des cuisses, mais lorsque la frappe arrivait sur la peau, le prêtre de Jésus-Christ levait imperceptiblement la main et frappait un peu moins fortement pour éviter de toucher cet endroit et de faire des marques rouges. C’est tout mon cul qui était rouge, mais pas blessé. C’est toute la tête qui saignait, mais pas mes fesses. Je n’étais pas aimé de ce curé maudit, et il me le faisait bien sentir, encore davantage à l’extérieur qu’au collège, lors des sorties de raiders, qui sont des scouts paramilitaires, où j’ai été enrôlé quelques mois.
Un de mes copains qui me montrait ses fesses et ses petites couilles stupides, quelques secondes, dans la cabine de la piscine, Pascal, me demanda « si cela me plairait de venir aux scouts » ? Mon père et sans doute ma mère, acquiescèrent. On m’acheta une chemise beige clair, un short beige caramel en velours côtelé, de grandes chaussettes beige en laine épaisse, des chaussures « pataugas » beiges, un foulard réglementaire, un nœud de cuir pour tenir le foulard autour du cou, un béret vert avec un insigne à la croix celte.
Vert car j’entrais aux « raiders », la section la plus militarisée des scouts
Nous allions en « sorties », en « grand jeu », en « manœuvres », en « exploration », en « camp ». Nous avions des sacs à dos remplis non seulement par quelque linge de rechange et « sac à viande », le drap à glisser dans le sac de couchage, mais aussi par des bricoles inutiles, des objets très proches, dessin, petite photo, petit couteau, caillou de souvenir, carte postale, fleur séchée à moitié écrasée. C’est pourquoi nous parvenions à les porter malgré leur poids stupide.
Cette nuit-là, il fallut accepter un nouvel exercice. Le curé nous fit monter dans le car Renault, de couleur beige comme nos uniformes, aux sièges en plastique glacé. Dernier arrivé dans la patrouille, mon copain Pascal s’était ainsi déplacé d’un cran hiérarchique vers le haut, je portais la batterie du poste émetteur, ou bien aussi les casseroles en aluminium –les « bonams »- salies de noir de fumée, qui en mettaient partout. Cette nuit, c’était la lourde batterie. Merde aux crétins qui pensent que c’est du loisir, et merde à ceux qui disent que « ça forme la personnalité » d’en « baver un peu ». Nous roulions sur la route du bois, dans l’obscurité. Froid, sommeil, inutilité stupide d’instants détestés. Le curé se lève et fait ouvrir la porte du car qui se rabat en soufflant. Ralentissement, on va s’arrêter là ? Puis la vitesse se stabilise, assez faible. D’un geste, nous comprenons qu’il va falloir sauter par la porte ouverte, comme des parachutistes ! Et nous le fîmes, tels de petits soldats, sous le regard clair et vainqueur de ce curé maudit. Je saute avec la batterie, je tombe, bien sûr, sur les genoux, bien entendu. Je me suis fait mal, mes rotules brûlent, surtout la gauche. Et quand il m’arrive d’avoir mal au genou aujourd’hui, des dizaines d’années après cette nuit-là, je repense à me venger de ce curé d’enfer, aux sales petites manies de tortionnaire, si jamais il passait sur le trottoir d’en face.
Je m’enfonce, avec les autres, dans la forêt, les branches dans la figure, cette satanée batterie si lourde dans les bras. J’ai froid, et maintenant j’ai aussi terriblement sommeil. Les autres, -mais qui vraiment ?- semblent apprécier ce grand jeu militaire. On ne va pas se faire avoir… on va les avoir… pas de bruit ! ne parlez pas ! ne bougez plus ! « Viens près de moi » me dit le « chef de pat[1] » qui a le poste. Il branche la batterie, qui est très faible. Ce doit être un vieux modèle de récup. Le poste émetteur-récepteur grésille, une saloperie, tout ça, j’en suis sûr ! Et le curé parle à voix basse mais précise, donnant des ordres de déplacement, avec la boussole, notre azimut, comme il dit.
A la première occasion, « je me barre » ! Mais c’est impossible de faire ça. C’est la seule chose qu’il me reste à faire ! Mais c’est aussi cette nuit que je dois être intronisé, « totémisé » comme ils disent, bizuté en fait : on vous donne un nom d’animal et un adjectif, qui vous est gravé en surface sur la peau du poitrail avec une aiguille trempée dans l’alcool. Tous en ont été si fiers ! Et moi qui trouve ça plus que con. Je hais les conseilleurs de mes parents, ces parents si faibles qu’ils ont préféré écouter ces voix ennemies plutôt que de me consacrer cinq minutes à découvrir ma solitude et mon malheur. Mais un petit bourgeois ne peut pas se plaindre, lui qui distribue et vend des revues des missions apostoliques, dans lesquelles il y a de si belles photos de ces africains et africaines nues, qui eux, sont de vrais pauvres, heureusement si bien aidés par les pères blancs. Ces revues sont lourdes, elles sont imprimées sur du très beau papier épais, avec des photographies bien mates, noir et blanc, et bistre. Je rapporte le produit de la vente à la mission, je sais que cela servira à aider ces pauvres, à aider tous ces pauvres gens que Dieu seul peut sauver.
Mais il n’empêche que cette batterie est si lourde que je vais la poser par terre et l’oublier, là. Ils diront ce qu’ils veulent, tant pis. C’est ce que je fis. Dans le noir, personne ne s’en aperçut, sur le moment. Puis, peu de temps après, sentant que nous approchions de la clairière où devaient avoir lieu les totémisations, je fis un pas sur le côté, puis deux, et je m’écartai totalement du groupe, dont les bruits disparurent assez vite. Je marchais dans le noir, seul dans une curieuse pénombre remplie des sensations de présence des obstacles.
Je devais être parti depuis dix bonnes minutes. J’arrivais sur un petit chemin forestier, heureusement sec. Un bruit de feuilles, puis d’autres, puis plusieurs ombres, et en un instant, je fus entouré par ce qui se révélait être la « patrouille ennemie ». Ligoté, les mains dans le dos, les chevilles légèrement entravées par la même ficelle qui me coupait les poignets. C’est malin, me dis-je, mais au moins, pour moi, le jeu s’arrête là. Ils m’accompagnèrent plus loin jusqu’à déboucher sur une route asphaltée dans la campagne, à la sortie du bois. Et ils m’attachèrent à un poteau télégraphique, comme il en existait partout à cette époque. Comme la proie d’une tribu de peaux-rouges ! Prisonnier de ces imbéciles, qui riaient de moi.
- Je m’en fous, à la première occasion, je m’évade !
- Ah ! oui ? Tiens, donne tes grôles, là, vite, tes chaussures !
- Quoi ??
- Tes pataugas, j’te dis ! Et grouille, mauviette !
Et ils me laissèrent ainsi, en chaussettes, heureusement de grosse laine beige, au bord du fossé, attaché à ce poteau. J’attendis sans rien faire ni dire pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce que le silence soit totalement revenu, car la nuit, en campagne, il n’y a plus de bruits de moteurs comme dans la journée, tout au plus quelques aboiements lointains dans les cours des fermes.
Je parvins très facilement à me détacher, et après avoir roulé la ficelle que je mis dans ma poche, je pris la route, en chaussettes.
Extrait de « SA, société anonyme », roman, 2006.J’habitais une ville qui avait connu bien des siècles, bien des politiques, bien des révolutions.
Ce qui en restait aujourd’hui se visitait, comme un musée du temps. Et pour permettre aux touristes de se faire une idée la plus vraisemblable possible de la durée, pour approcher au plus près la vision arrêtée de ce qui passe, un conservateur, assisté de son ami spécialisé dans les cœurs de ville et d’un architecte qui avait décidé de ne plus construire autre chose que ce qu’il voudrait lui-même habiter, la ville avait été entièrement dépouillée de ses murs, de ses plâtres, de ses parpaings et de ses asphaltes, de ses bois et revêtements. Il restait la plomberie.
Les baignoires, les douches, les lavabos, les cuvettes de WC, les urinoirs étaient suspendus aux tuyaux, dressés souvent très haut comme des bambous aux branches parallèles, aux troncs de plastique et de métal, blancs, gris et cuivre mélangés. Le sol avait été parfaitement nivelé pour que le touriste puisse déambuler facilement dans cette forêt gigantesque.
De temps en temps, l’eau coulait à flot, et la symphonie immense accompagnait le cours de
On avait bien tenté de creuser pour retrouver les sous-sols, mais l’attirance du haut était la plus forte, l’œil montait comme dans les cathédrales, dont il ne restait d’ailleurs que les gouttières. Ainsi Notre Dame apparaissait-elle dessinée au trait, ce qui rendait cette immense trace beaucoup plus aérienne que ne l’avaient voulu ses bâtisseurs.
La réponse est : l’initiation est spirituelle par essence. Et elle n’existe qu’en étant spirituelle. Et : Non, l’initiation ne force pas à une démarche spirituelle consciente.
Dans l’espace, elle est un passage physique, par la disparition-renaissance à soi-même, Phénix vécu collectivement pour participer de l’humaine condition.
Dans le temps, elle est cet avant-après qui fait disparaître l’instant dont la simple évocation renvoie à Dieu et à sa création. L’initiation n’a pas besoin de religion, elle n’a pas besoin de vous relier, de vous lier, car elle est mouvement, dynamique de votre devenir, elle n’a pas besoin de Présence forcée. Que vous-même face à vous-même. C’est pourquoi elle est spiritualité.
La question –le titre- a été posée mécaniquement –je ne veux pas dire bêtement- en utilisant une sémantique de l’efficacité, « impliquer », « démarche », mais qui ne concerne ni l’initiation ni aucune interrogation sur l’Etre. L’initiation n’est ni une action volontariste qui serait le produit d’une décision quelconque, ni un point de départ qui supposerait une arrivée, encore moins des niveaux physiques ou des degrés hiérarchiques de savoir ou de pouvoir.
L’initiation n’implique rien, que soi-même, au sens où je suis tout entier singulièrement concerné car je suis à la fois l’initié et l’initiant. Et je ne marche vers aucun but, je ne démarche pas une pensée quelconque, a fortiori aucune Vérité. Alors ?
Que peut-elle signifier –sémantique-, que peut-elle accompagner –égrégore-, que peut-elle générer –acacia-, cette initiation dont rien n’est écrit nulle part. Elle est dans le mouvement de ma vie, elle éclaire mes pensées, elle soutient mes réalités.
Et si le spiritus, inclus dans le mot, désigne l’esprit -dont nous ne savons rien-, c’est pour désigner la racine d’un travail intérieur, conscient ou non, qu’il n’est pas utile pour moi de renvoyer à une quelconque transcendance –une des façons d’évacuer la question-. Car il faut le dire, et le prendre comme socle de travail : il n’existe pas de réponse à la Question[1]. Puisque l’épithète –moteur homérique- de la « Question de l’Etre » est « Sans Réponse ».
L’initiation est le travail intérieur et collectif –alchimie- sur
D’où l’indispensable soutien de la part de la société qui vous procure la confiance en soi –laïcité-, ce qui est la même chose que la tolérance envers l’Autre. Possible ? Grâce à une garantie politique de la liberté absolue de conscience.
Etre initié-initiant ne se situe pas obligatoirement au plan de la conscience. Bien des humains y parviennent par des voies non discursives et non réflexives. Dire qu’il n’y a pas de « démarche » signifie qu’il n’y a pas de méthode. Il existe des règles qui peuvent se transmettre, c’st le compagnonnage. La spiritualité est coexistantielle à l’Homme, que le besoin en soit explicite ou pas. L’initiation aussi. C’est pourquoi il n’y a sans doute ni initiés, ni non-initiés, je préfère dire qu’il y a des consciences spirituelles et d’autres qui n’en ont pas l’usage explicite, consciemment ou pas.
La conscience de
Chacun sa voie au sens de la dynamique du désir d’Etre. Il n’y a pas de chemin, ni devant, ni derrière. Des passages, des envolées, des portes, des fenêtres, des ouvertures, des clartés, des nuées qui parfois, condensées, retombent en pluie sur Terre des Hommes, des amours, des paix, des attentes tranquilles, des sérénités. Il y a cette certitude commune d’être seul-e à Etre, par delà l’assemblage compté de votre existence, car l’Etre de chacun est une certitude éternelle, cela suffit.
Non qu’il y ait une quelconque continuité à croire et à attendre –toujours cette fameuse confusion entre voie de l’initiation et chemin repérable-, mais je veux dire que mon Etre, posé là dans sa vie actuelle (je parle donc je suis) est une posture éternelle non discutable. J’ai la certitude de mon Etre comme concept d’éternité.
Ainsi avons-nous l’initiation de deux choses, nous nous sommes initiés à deux certitudes : l’assemblage-désassemblage cellulaire, et l’éternité de notre Etre. Que cela n’intéresse pas directement tout le monde ne me gêne pas. Qu’il y ait des récupérateurs, au nom de « vérités révélées », doit être combattu, car ceux-là mélangent sciemment vie-mort du corps et éternité d’on ne sait quel fantôme spirituel, ce qui est détournement, irrespect et délire. Et profit, domination, usurpation.
Mon initiation, au sens où j’entre en harmonie avec ma solitude, porte en même temps toute sa spiritualité, au sens où je communie avec l’Humanitude, et je me sustente, je persiste dans l’Etre en ce mouvement initié de singularité plurielle.
Gérard Delacour, Saint Nicolas des Champs, 12 novembre 2007.
Je descends et je quitte la surface du dessus de l'eau, je rejoins la surface du dessous.
Au fond, tout près de tout, limite de la table, de la nappe, du regard.
Dossier PHOTO (colonne de gauche): "Tables-miroirs"
La laïcité ? C’est très simple.
par
V.2 (novembre 2007)
Laikos désigne le peuple et au pluriel « les gens, les citoyens »[1] ; laïcité est simple à définir et à traduire dans d’autres langues que celle de
La laïcité propose et affirme tout simplement la coexistence de toutes les croyances, quelles qu’elles soient, par l’acceptation commune de la liberté absolue de conscience reconnue à la personne humaine, quelle qu’elle soit.
Un tel concept ne peut vivre par lui-même, il doit être étayé par un régime politique qui le fonde socialement. La République est ce système social et politique qui permet et qui étend la laïcité à toutes les opinions, qu’elles soient religieuses ou autres.
D’où quatre niveaux d’explicitation qui appartiennent conjointement à la sphère de l’Education Mondiale[3] :
1) Toute phobie[4] est l’expression primaire du racisme. Ce mode d’exclusion appartient à un premier niveau de violence qui est interdit par la Loi républicaine, ce qui doit être enseigné par l'éducation civique. L’école républicaine est le lieu où se connaissent et s’échangent les idées dans l’écoute mutuelle, l’école laïque se distingue des lieux où se pratiquent les croyances.
2) La laïcité aide à distinguer entre espace public et espace privé. En effet, le citoyen est libre de croire ou de ne pas croire en tel ou tel système de pensée ou de croyance, dans son espace de vie privé. Dans l’espace public, la coexistence de systèmes différents est garantie par
3) Toute croyance privée qui s’institue comme cadre de la vie sociale et politique est en opposition avec la République laïque. La conception républicaine de la vie en société doit être intégrée[6] et défendue par tous sans exception, et elle marque la limite de la tolérance vis à vis de la liberté absolue de conscience. La République est le cadre commun de tout système idéologique, et aucun système idéologique ne peut être le cadre des autres systèmes. Il est ainsi très simple de délimiter le seuil de liberté de chaque citoyen ou citoyenne : une croyance ne peut être imposée à quiconque. Il est donc très facile de reconnaître et de décider ce qui est laïc et républicain de ce qui ne l’est pas.
4) Cette limite de tolérance n’est pas une contrainte imposée car elle n'est pas une idéologie parmi les idéologies mais l’espace de mise en pratique de la paix civile dont est porteuse la laïcité.
C’est pourquoi, puisque la République laïque possède des réponses sans ambiguité aux quatre questions ci-dessous, il est très simple de les mettre en résonnance avec les différentes idéologies, religions et croyances afin de connaître clairement la position de leurs représentants et de leurs membres par rapport aux quatre niveaux interrogés ci-dessus :
On est invité à répondre par OUI ou par NON :
- Pensez-vous que la République laïque est un système idéologique parmi les autres ?
- Pour vous, l’école républicaine est-elle un lieu discursif de mise en commun, c’est-à-dire un espace public qui doit être dénué de tout passage à l’acte idéologique ?
- Le cadre de référence de vos valeurs spirituelles ou de vos croyances peut-il avoir la préférence lorsqu’il s’agit de choisir vos pratiques publiques ?
- Etes-vous d’accord pour soutenir en permanence, politiquement et socialement, la coexistence de tous les systèmes de pensée avec le vôtre, dans les limites de la tolérance réciproque ?
Pour que ces questions ne puissent pas être posées, il suffit de dire qu’elles ne sont « ni si claires, ni si simples ». Or il est indispensable de délaisser la langue de bois [7], si nuisible.
Toute tentative de vouloir démontrer que « les formes » et « les nuances » seraient indispensables au débat, sera considérée comme un refus
Ces questions portent un contenu d’engagement symbolique et pratique que nos prédécesseurs nous ont légué. Leur engagement, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie, ont construit une étape vers l’amélioration matérielle et morale de l’humanité.
Qui veut remettre cela en question ?
Ici aussi la réponse est simple, non ?
©
Paris, 26 janvier 2004, 2 novembre 2007.
[1] Dictionnaire Historique de
[2] idem, p. 1962.
[3] Historiquement appelée « Education Nationale », en France.
[4] Judéophobie, islamophobie, bien sûr, mais aussi vaticanophobie, sinophobie, homophobie, etc. Il est loisible de fabriquer autant de vocables qu’il existe de fantasmes.
[5] « La laïque », nom de l’école en 1901.
[6] La coexistence que permet la République laïque intègre le citoyen avec ses spécificités, son identité et tout ce qui constitue son unicité. Elle ne lui demande pas de les fondre dans quelque assimilation nationaliste.
[7] Il existe un texte co-signé à l’unanimité par tous les membres de
ou dans la forme du journal Le Monde, avec la présentation des membres de la commission : http://medias.lemonde.fr/medias/pdf_obj/rapport_stasi_111203.pdf
Trois photos envoyées au concours Sony d'avril 2008 - catégorie "People"
http://www.worldphotographyawards.org/accgallery.asp
Ces prises de vue appartiennent à une série sur les tables. J'ai utilisé un cadrage systématiquement à hauteur du plateau qui renvoie l'image en mirage.
Une question m'ayant été posée sur mon "procédé", je précise qu'il s'agit de photos ni retouchées ni recadrées.
Conversation dans un café à Lisbonne
Trio en transparence
Tea time dans un village shaker
aux USA
Le chercheur. Une sorte d'entrée en sacerdoce et d'oubli de la réalité précédente, par une plongée dans la théorie comme dans un bain privé, dans une maison dédiée à ces ablutions réservées, où rien ne ressemble à votre vie habituelle, mais où tout finit par vous sembler familier.
Vous parlez une autre langue, sans l'avoir apprise, avec le danger de ne pas tenir cette suspension dans l'éther, comme lorsque vous rêvez que vous volez dans les airs avec le sentiment parfaitement concomitant que vous ne vous maintenez en vol que grâce à ce surplus infime de légéreté qui peut vous faire défaut à tout moment... ce qui vous ferait immédiatement reconnaître comme étranger au groupe.
Se taire et écouter est la seule méthode donnée à l'entrant. C'est ainsi que vous vous fondez dans le décor de la villa blanche, c'est ainsi que vous devenez peu à peu connu de ceux qui parlent, c'est votre initiation tranquille et obligatoire. Et vous ne souhaitez qu'une chose: continuer à vous taire.
Tunis, 28 octobre 2007.
Voici un lien pour podcaster l'émission de France Culture de ce vendredi 12 octobre:
http://radiofrance-podcast.net/podcast/
puis chercher "Place de la Toile"
dont le sujet porte sur la relation entre Internet et le journalisme, mais dont le fond est la question vive du sens.
Des logiciels proposent "l'analyse de texte", logiciels que certains informaticiens n'hésitent pas à désigner comme "intelligents", ce qui ne veut rien dire, non seulement parce que nous ne savons absolument pas ce qu'est l'intelligence, mais aussi parce qu'alors il faudrait admettre que tout schème est un algorithme.
Je pense que c'est faux, au regard de la logique de l'induction, et j'ai parlé "d'accident de la pensée" pour qualifier cette figure qui consiste à confondre le calcul déductif -dont les algorithmes peuvent être connus- avec la pensée inductive -dont l'être même est une question- en faisant de l'inférence inductive un cas particulier de la déduction.
Je suis preneur de vos lumières sur cet objet très intéressant pour la recherche sur la transmission de l'information, et du savoir en général. A suivre.
Bibliographie: Alain Joannès ![]()
Le journalisme à l'ère électronique : outils et méthodes au service de l'information, logiciels d'analyse, Web 2.0, alertes, Vuibert - septembre 2007.
Les textes suivants sont mis en ligne sur le groupe YAHOO: "SCEDUC"
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TEXTES disponibles en ligne (au 5 octobre 2007)
- La Didactique Professionnelle, P.Pastré, P.Mayen, G.Vergnaud (2006)
- Fostering the Will To Learn, G.Delacour (2003)
- L'activité de conception dans l'usage d'un artefact en eLearning, G.Delacour (DEA, 2007)
- Couplage acteur-situation, une situation d'autoréférence, G.Delacour (2007)
- Prolégomènes à une industrie de programmes de formation, G.Delacour (1994-1997)
Je découvre le clip en musique conçu et réalisé cet été par Mahana (paroles, animation), Ben (musique et arrangements) et Tamaris (la copine qui chante aussi dans le bonus).
http://www.dailymotion.com/wainahana/video/x2xwtp_changer-dair_creation
<-- Quelques photos 2007 dans les albums
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