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La limite de mon vaste voyage, Europe d'activité, de fort des Halles, de solitude peuplée
J'ai mis trois heures à te parcourir, te traverser, pour revenir encore plus lentement
Vers le pont jeté si haut entre les rives des continents qui ne se séparent plus
Lumières bleuies des quais, des rives et des mosquées, tapis, trottoirs et chiens endormis
Limite infranchie d'une amitié d'enfance qui demeure, Istambul, constance qui passe comme marée va-et-vient
Album ISTAMBUL 1 (ouvrir le diaporama dans la colonne de gauche)
Photographies Gérard Delacour (c)
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Voici la fine fleur des technologies avancées de "jeu".
Quelles sont les conséquences sociales et politiques du "plaisir" de "combattre" et de "gagner"?
Comme l'annonce le site de cette merveille : "De belles heures de fun en perspective" (sic)
Mettre le son, c'est une minute et 13 secondes de logiciel 3D architectural gâché par des zombies gesticulants et stupides qui s'entretuent:
René GHIL (1862 - 1925)
Un poème de René GHIL entendu ce matin :
Pour les Fagots du Four, antre
clair-vespéralement qui se voûte d'ors, où
cuire l'éternel pain rondi, même lors qu'entre
le rutilant soleil au signe des Gémeaux :
de matin, attaquèrent de serpes les haies
épointant aux gantelets leurs épines, où -
charpentes et timons de demain les Futaies
tressaillantes de hache,
sonores de loin
en loin et tors de lutte, les Hommes sonores
de hans ! qui, levant la tête dans l'alentour
terreux, long éraillé des grolles omnivores
prophétisaient aux Autres mi-apparus à
curer les Fossés limitrophes de la neige -
la neige moite aux semailles, la neige pour
ce soir...
Autres poèmes de René GHIL.
Vers 2000 av.JC, des ingénieurs grecs ont conçu et réalisé une calculatrice en bronze, pour connaître les dates des éclipses solaires et lunaires.Par exemple, le 8 avril 2024 à 16h30 (GMT), éclipse de soleil.
C'est la machine d'Anticythère, que Andrew Carol (Apple) a reconstituée en LEGO:
The Antikythera Mechanism in Lego from Small Mammal on Vimeo.
Ce qui fait penser que certains ingénieurs d'aujourd'hui savent prendre le temps de ne pas fuir en avant. Le lien avec un passé fécond est sans doute une des conditions de leur créativité.
" Le théâtre est un lieu libre et c'est ce qui en fait sa rareté et sa grandeur.
L'auteur jouit de la liberté d'expression, l'acteur de la liberté du travail, mais le spectateur jouit également de la liberté entière d'approbation ou de désapprobation. Il vient pour applaudir ou pour siffler, il en a le droit."
J.L. Barrault, à propos des Paravents de Jean Genet
Prononcées lors de son intervention en 1968 à l'Odéon, ces mots suivent et marquent son visage, son regard, ses silences, ses passions.
Madeleine Renaud, à l'écoute de la clef dans la serrure, appartement d'un amour indéfini et cependant vécu, "je ne voudrais pas que cela dura trop longtemps", disait-elle à Marguerite DURAS qui lui faisait répéter Savannah Bay...
Je viens de retrouver deux négatifs de deux photos que j'ai prises avec mon Rollei 6x6, un soir à l'Odéon, alors ouvert au vent de 1968. Barrault avait refusé de fermer les portes. Il en perdit son théâtre, mais pas la scène.
Technologie Flash sur une page web, voici une horloge... animée par des petits mecs.
Le cadran s'anime.
Après avoir vu l'heure, cliquer encore une fois sur la page pour afficher l'horloge "digitale", avec les mêmes petits mecs!
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Pampelone,Chanteurs de l'Opéra de Navarre...
Grand marché de Valence (novembre 2009)
Où en sommes-nous, en espace francophone métropolitain, à propos de formation générale à la musique ?
Avant toute discrimination ou séparation entre masculin et féminin, le genre n'est pas, nous le savons bien, équivalent au sexe.
"Place" de la Femme dans le monde?
Qui peut en parler? Qui peut témoigner?
Pour ma part, je pense depuis bien longtemps que masculin et féminin sont embarqués dans une même arche, et, tels les rats de Laborit (j'y reviendrai bientôt), se battent l'un contre l'autre lorsqu'il sont tous les deux victimes de leurs conditions.
Mais très concrêtement et au quotidien, les femmes sont sous domination masculine, au prétexte que "l'équilibre" économique et social serait à ce prix, doublé de l'autre prétexte qu'est la soit-disant dame Nature.
A l'occasion de ma découverte d'un site documenté qui s'appelle CULTURE BOX et que je souhaite partager ici, voici des interviews courts, divers, qui méritent l'attention à ce que disent celles-ceux qui parlent:
1) Manon LOIZEAU, grand reporter vient présenter au journal de FR2 un coffret de 10 DVD sur le grand journalisme filmé.
Elle est auteure de "La malédiction de naître fille".
Oublions la forme, et profitons de Manon Loizeau comme témoin (il faut supporter le ton de la première minute et demi et de la conclusion de la journaliste de FR2!)
4) Mais avant le genre, il y a l'enfance du genre, et l'animalité si proche qu'elle est projection de soi, à l'époque de la vie où le sexe n'est pas encore accepté de l'intérieur, mais seulement désigné.
Après l'enfance, que devient la relation à autrui?
Lorsque genre et sexe sont exposés, après l'enfance, qu'en faire?
Que font les rennes, après Noël? Un livre de Olivia Rosenthal:
5) Sexe étalé, mais non offert, seulement suggéré, morceau de chair ou de tissus, c'est pareil.
Il faut voir comment Marylin MONROE se blottit dans les bras de Arthur MILLER.
Alors que nous découvrons aujourd'hui qu'elle écrivait, qu'elle livrait bien autre chose que ses petites culottes ou ses ébats avec les Kennedy:
... d'un Lancair IV-P.
Une des plus agréables sensations de pilotage d'avion de tourisme récent, avec la puissance d'un bimoteur et la finesse d'un vieux Jodel en bois et toile.
Petit film virtuel de 2 minutes 49 secondes jusqu'à l'atterrissage, en passant les montagnes et le lac de Stewart BC.
Remarquez le bruit moteur (son réel) qui diminue avec la vitesse d'approche (1'23) jusqu'à réduction complète pour le toucher sur piste (2'16).
N'oubliez pas le son pour visionner :
Grotte de Lascaux...
J'avais autour de dix ans. Nous étions en vacances itinérantes, mon frère, mes parents et moi.
En entrant dans le sas de la grotte qui était déjà protégée à cette époque, dans les années 1950, de l'air extérieur, mais pas encore interdite aux visites touristiques, nous fûmes plongés dans la pénombre. Je crois me souvenir du choc de la lourde porte de métal fermée derrière moi, nous étions côte à côte dans un groupe, comme dans le métro, à attendre l'ouverture devant nous.
Sans bruit, comme dans Saint-Exupéry, je fléchis sur mes guiboles et perdai connaissance, comme cela m'arrivait souvent le matin lorsque j'étais à la messe sans avoir déjeuné. Je ne me souviens plus du reste, sauf de ma peur, une fois revenu à moi, une panique bien rentrée qui me tint pendant toute la visite de cette grotte superbe.
J'ai fait souvent ce rêve étrange et... désastreux de me trouver noyé dans les tréfonds de la Terre dont je ne peux sortir... Non! pas d'interprétation hâtive, s'il vous plait. Rien que du roman, vous dis-je, rien que des histoires qu'on se raconte, et que l'on peut parfois raconter aux autres, parfois pas.
Entrez, vous aussi dans cette grotte, telles qu'on peut en voir ici même les méandres, tout de suite:
Entrer et parcourir la Grotte de Lascaux
... avec la suite de la leçon de musique:
Voici la plus célèbre des grandes cantatrices... payées pour se taire.
Son mari Monsieur FOSTER, richissime américain, lui a offert, comme dans toutes les histoires de milliardaires new-yorkais et pendant des années, les plus grandes salles afin qu'elle exerce son art. Il a payé aussi pour qu'elle soit enregistrée par les plus grands producteurs de disques. C'est ça l'amour. Elle a eu un succès qui n'en finit pas, même des années après sa disparition. Il s'agit, bien entendu de
Florence Foster Jenkins dans la REINE de la nuit (enregistrement d'époque)
Je dis "d'époque" car certains auteurs de comédies se sont permis de mettre en scène des remakes au goût douteux pour se moquer de la chanteuse. Drôle, certes, mais avant tout très pathétique, parce qu'elle y croyait dur comme fer.
Cela dit, à bien écouter cette Reine de la nuit, toutes les notes y sont, pas à leur place sur la portée, mais elle sont là!
Il faut savoir aussi que, d'après son accompagnateur Cosme McMoon, Florence F.Jenkins voulait créer une fondation pour aider les jeunes talents. Malheureusement, dit-il, elle est morte sans avoir pu l'écrire dans son testament.
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Ecouter : témoignage de Cosme McMoon en mémoire de F.F.Jenkins
Passons à une autre chanteuse qui sait parfaitement ce qu'elle fait. Son nom brille toujours dans le ciel des larmes amères ou joyeuses de l'opéra et des fous-rires, mais elle est devenue célèbre et a continué de se produire sur scène! Voici un extrait de récital rare car filmé (on trouve facilement ses disques).
Il s'agit de Natalia de Andrade, et je l'aime beaucoup pour ça, d'autant qu'elle est très bien accompagnée au piano!
Vraiment inégalable.Un peu plus jeune, elle n'était pas mal non plus.
Je dédicace cet air "à ma cousine BKassIn"
Pour finir avec de Andrade, l'air de MANON:
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Ecouter : Natalia de Andrade dans MANON
En guise d'entr'acte:
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Ecouter : Tryphosa Bates-Batcheller dans Meyer-Helmud's Margita
Car je pense avoir trouvé la raison pour laquelle BEAUCOUP DE GENS N'AIMENT PAS l'Opéra.
Voici le petit doigt de pied dans la porte:
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Ecouter : Vassilka Petrova dans Tosca
Et je ne peux finir cette chronique très débile que par une danse.
Bonne journée et bonne soirée à toi, lecteur qui es venu jusqu'ici!
Alors, SILENCE, Rabbi Jacob, y va danser!
(à suivre...)
Merci à Benoit Bénichou d'avoir posté cela sur Face de Bouc!
Le MEILLEUR est à partir de 1'16...
Non, on ne se moque pas, on pleure!
Nouvelle.
« Le savon dans le cou, c’est un fichu truc. Ça laisse une impression dégoûtante, et la chose bizarre, c’est qu’on a beau s’éponger, on se sent poisseux tout le reste de la journée. Je descendis de mauvaise humeur, résolu à me montrer désagréable. »
George ORWELL (1939) Un peu d’air frais. Paris : éd. Ivréa 10/18 n°3148 (1983), 13.
Impossible de le dire et pourtant, en entrant dans ce restaurant, quelque chose de diffus, d’un peu sale, d’un peu vieilli, avec des tentures qui sentent la cuisine mais pas trop, une moquette bourrée de motifs en forme de tâches –elle avait été achetée pour cela -, des voilages aux fenêtres sur la rue, bref quelque chose d’assez ténu mais qui occupait tout l’espace, me saisit.
Je ne me sentis pas bien, d’emblée. Je n’ai jamais su dire quelle est la réalité de ces impressions dont la limite est indiscernable : était-ce effectivement dans l’air ou bien en moi-même seulement ?
Nous allâmes nous asseoir, lui sur la banquette, moi sur la chaise en vis à vis car j’ai toujours préféré l’assise sûre à l’enfoncement d’un tissu qui a cédé sous les postérieurs majoritairement féminins qui l’ont fatigué. Derrière mon hôte, au dessus d’un rebord garni de velours sans doute nauséabond, s’élevait un immense miroir sans bords, si grand que toute la salle s’y reflétait. Ce qui me permit de me rassurer de n’être pas coincé face à un mur trop proche, comme c’est souvent le sort de celui qui dîne en face de la banquette.
Il prit ses aises, ne confiant pas son manteau à la serveuse, pour étaler celui-là à côté de lui, sans même penser que des odeurs suspectes pourraient peut-être s’y imprégner par ce contact, au long du repas. Il prit une carte, sans se demander si j’avais vu la seconde, posée non loin, et commença sa lecture à voix haute : « Je te conseille, si tu aimes ça… Mais moi j’adore…, alors… » et je n’écoutais pas vraiment son baragouin car je savais qu’il commanderait si vite, le garçon une fois arrivé à notre table, que j’avais intérêt à me plonger dans ces listes trop fournies, dont vous savez d’avance qu’il est impossible qu’une cuisine puisse réussir autant de plats tous les jours sans avoir ses petites combines. Cela ne ratât pas : « Aujourd’hui, j’ai du turbot délicieux, cuisiné avec une petite… », nous lança le maître d’hôtel, ce qui signifiait simplement que le chef voulait en vitesse écouler le poisson en limite d’âge, avant de devoir le jeter. C’est toujours ainsi qu’il ne faut jamais prendre ce qu’on vous conseille, surtout du poisson avec des « petites sauces ».
Lui était toujours plongé dans sa lecture et je m’étais donc trompé en pensant qu’il me laisserait à peine le temps de faire mon choix. « Et bien…, aujourd’hui…, je vais prendre…, oui…, non…, non, comme d’habitude…, la bavette avec ses délicieuses frites…, double portion, bien cuites, euh…, croustillantes quoi ! Hein ! S’il vous plait ! » Mal élevé il était, très mal élevé, mais que signifie bonne éducation pour un franco-américain dont personne ne sait plus quand il se sent français et quand il n’est qu’américain contre tout ? Ah ! Si ! Il est français à chaque fois que, passant l’immigration à Roissy avec son passeport de citoyen des Etats-Unis d’Amérique, il sort de l’aéroport en vérifiant qu’il a bien sa carte de Sécurité Sociale de la République française. Ce qui ne l’empêchait nullement de me dire, trop souvent, qu’il était honteux que les français ne comprennent toujours pas qu’ils ne peuvent pas « accueillir tout le monde et soigner des maladies qui coûtent très cher, surtout des malades pas du tout français, hein !... Qui viennent du monde entier en France ! » Décidément, pour un authentique citoyen de l’Ouest, les français étaient « ingouvernables !... »
Je pensais à cela en le regardant terminer de lire la carte, les yeux déjà pointés en bas à droite dans la colonne des desserts, alors que nous n’avions encore rien devant nous.
Quand soudain, tout s’accéléra : la serveuse arriva avec deux verres de Kir et une assiette de saucisson coupé et sans doute pelé, ce dont je ne puis malheureusement pas m’assurer, comme on va le voir. Je vis deux corps, un de face, l’autre dans le miroir, se lever ensemble massivement, deux bras à l’horizontale pointer en direction opposée mais curieusement, de mon côté vers la serveuse, et en face, vers la même serveuse dont je vis la peau rougir cramoisie. Un flot d’injures s’abattit sur la pauvrette : « Non mais quoi ?! Qu’est-ce que c’est que ça ? Qui vous a demandé ça ?! Qu’est-ce que vous m’avez apporté là ? Remportez-moi ça tout de suite ! On ne vous a rien demandé, à vous, ni à personne ici ! Allez, ouste, dépêchez-vous, reprenez-moi cette cochonnerie ! », et ça, c’était un superbe jeu de mots.
« Non mais quand même ! Quel culot ! Me servir du saucisson, du…, je n’ai rien demandé, quoi !... La France, la France, ah ! C’est ça ! Aucune considération pour vous ! Aucun respect ! Aucun respect !
- Que t’arrive-t-il ? » lui dis-je en me glissant entre deux de ses éructations, sans rien ajouter, car l’idée que j’aurais pu vouloir du saucisson n’existait pas pour lui.
« Il m’arrive qu’on ne me respecte pas. Voilà. C’est énorme, et c’est insupportable, ce pays ! On ne vous respecte pas.»
Je ne comprenais rien, absolument rien, de sa subite attitude, et de quoi il parlait. Des hypothèses couraient dans ma tête, mais rien qui se fixait. Et comme l’assiette était repartie très vite avec la serveuse, je ne pouvais pas même vérifier si son contenu permettait de comprendre un traitre mot de sa colère démesurée. Du saucisson, bien coupé et bien présenté, de toutes façons cela ne m’enchantait pas, car je pensais un tel apéritif bien inutile avant de manger le repas commandé, et si néfaste pour moi en tant qu’incontestable surplus de calories.
Il faisait la gueule, et cela s’était installé sans transition avec ma première impression à l’entrée de la salle. Il ne me parlait plus, il regardait tantôt au loin derrière moi, comme pour surveiller si l’assiette ne revenait pas, tantôt il visait sa serviette qu’il n’avait pas dépliée, comme pour dire je reste ou je pars ? Je n’existais plus. Je n’avais pas beaucoup existé depuis l’heure de notre rendez-vous dans son appartement parisien, tout proche de ce restaurant de quartier. Immeuble sans âge ni époque, sans couleurs, sans habitants, sans histoire, sans rien, moche aussi, gris, verdâtre, beige et sale. Un mauvais ascenseur marron, un globe blanchâtre pour éclairer le palier du 5e, je crois, une méchante moquette sans doute grise, et odorante – il avait dû avoir un chien, ou non, plutôt un ou plusieurs chats, à l’époque où il était un peu moins égoïste. J’avais pensé qu’il souhaitait m’y offrir un apéritif, mais rien. Avant de redescendre, lui par l’ascenseur, moi volontairement par l’escalier, il me dit que sa fille ne venait plus à Paris, qu’elle était sans doute définitivement en Suède avec son mari, que cela lui était égal car elle était devenue très méchante, qu’elle l’avait rendu responsable de la mort de sa mère, que cela n’avait plus d’importance pour lui, qu’il supportait maintenant très bien tout cela, mais que ça avait été très dur ; il me débitait le tout d’un trait, comme si je le savais déjà, comme si ce n’était rien, alors que c’était si fort, alors que c’était tout. Alors que c’était bien toute sa solitude qu’il me criait sans bruit, seulement distillée au long des phrases tranquillement enchaînées les unes aux autres, comme une fatalité insurmontable.
Je revins à moi en me voyant dans le miroir, derrière lui. Ça bougeait du côté de la cuisine. C’était sa bavette, aux échalotes bien sûr, tout ce que je déteste, ces sauces achetées chez Metro. Et les frites, à part dans une sorte de grand bol.
« Tu comprends, c’est pour ça que je ne viens plus très souvent… C’est pour ça que je finirai par ne plus venir, maintenant que je n’ai plus vraiment besoin de passer par la France pour mes affaires en Afrique… Ce pays est impossible. Jamais à New York on n’osera me proposer quelque chose que je ne peux pas manger, que je n’ai pas le droit de manger, on respectera mes…, on me respectera toujours, sans problème. Ici, ce n’est pas possible, ils ne pensent à rien, ils n’ont aucun respect pour rien !...
- Mais tu oublies que la République française est laïque » me permettais-je de lui dire en ayant soudain pris conscience dans un éclair de ce qu’il avait en tête.
« Alors, permets-moi de te dire que ça, ça ne vaut rien, hein ! Ca ne vaut plus rien, vos idées révolutionnaires qui n’en sont pas, hein ! Le respect de chacun, voilà ce qu’il faut respecter, voilà la morale, voilà la vie en société. Et pas cette imposition à tout le monde de n’importe quoi, hein ! »
Je ne répondais rien.
« Oui, je sais que tu n’es pas d’accord. D’ailleurs tu n’as jamais été d’accord. Tu n’aurais jamais pu rester vivre aux Etats-Unis. Vous les français…, vous êtes tous…, vous êtes tous communistes en fait, et c’est terrible !... Enfin…, cette fille exagère non ? Tu ne trouves pas qu’elle exagère beaucoup ?!...
Photo G.Delacour, retouchée par Ph.Bougouin
- Je ne peux te dire qu’une chose, » lui disais-je pour lui signifier que tout cela commençait à me peser vraiment trop, « c’est que je ne comprends pas un mot de ce que tu penses. »
Alors, lentement, et dans un mouvement superbe, sans doute le dernier d’une ancienne amitié qui, en réalité, était déjà morte depuis un certain temps, ce dont je venais de prendre pleinement connaissance avec cet épisode ultime, il me déclara :
« Voilà. Je dois te dire que toutes ces idées grandioses de…, laïcité…, de respect de…, de liberté, égalité et tout ça, je te parle pas de la fraternité, alors ça !... C’est n’importe quoi, vraiment, encore plus ! Tout ça, je me suis rendu compte que ça ne tient pas. La démocratie, c’est laisser chacun vivre selon ses idées, dans sa communauté d’appartenance. Et moi, avec tous les événements, la mort de ma femme, la haine de ma fille, la fin de mon travail chez les noirots, le départ de mon amie pour le Canada, j’ai compris, je sais, j’en suis certain, je te le dis, surtout…, réfléchis bien à ça aussi pour toi…, avec tout ça, j’ai décidé de vivre complètement selon mes principes, mon appartenance…, selon ma loi…
- De quelle loi parles-tu ?
- Désormais j’intègre…, toutes les minutes de ma vie…, je vis chaque instant en respectant ma religion…, c’est ça mon guide unique, c’est mon bonheur. »
Je savais que nous ne nous reverrions plus puisqu’il avait tout dit, il avait bien marqué chaque mot, bien détaché chaque syllabe, comme un discours au bord du trou.
Je terminai mon repas, sans goût. Je ne l’ai jamais revu depuis des années, mais je pense à lui si souvent, souvent. En présence de tous les saucissons.
G. Delacour© parc Guerrier de Dumast, 27 octobre 2010
Pour Philippe Bougouin
Quand je vous dis, depuis plus de 15 ans, que la réalité virtuelle (et augmentée) ça existe, ça transforme notre société, et que ça se paye cher...
Voici le dernier avatar de la rencontre entre technologies numériques et politique militaire.
Ce drône "civil" existe, exactement comme montré dans ce clip. Deux caméras, une dessous, une frontale, envoient leurs images à l'écran de l'iPhone dont les capteurs d'inertie permettent le pilotage du drône.
C'est en vente 299 euros à la FNAC (morceau de plastique coloré assez laid et carte mère sans doute démolie au premier choc).
La perversité, un fois de plus à l'oeuvre, c'est l'envie de jouer avec (où?), et d'être ensuite certain que le lendemain, on n'en a plus envie, car ce n'est rien d'autre qu'une idée de puissance (voler comme...), donc pouvoir, donc risque, donc jouissance non renouvelable.
Encore un Objet qui vient prendre la place du Sujet (J.Baudrillard, Les Stratégies fatales).
Gilbert Bécaud le chantait autrement, dans un autre monde :
Gilbert Becaud - Dimanche à Orly
Bon dimanche !